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Date :  2001-01-26
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ONG


ONG

Source :  Vincent David


Dans les années 80, quand les journalistes parlaient d'ONG (Organisations non gouvernementales), c'était pour évoquer les associations humanitaires d'urgence des pays riches intervenant pour sauver les populations civiles des pays pauvres victimes de guerres ou de catastrophes naturelles. C'était l'époque du charity business et d'un monde encore bipolaire.
Les années 90 ont vu se multiplier les grandes conférences des Nations Unies traitant des problèmes mondiaux les plus criants. Ainsi à Rio en 92 sur l'environnement ou à Pékin en 95 sur la situation des femmes, plusieurs centaines d'ONG du monde entier furent accréditées pour participer aux débats, sans compter les milliers d'autres ONG prenant part à des forums parallèles. C'était l'époque du dialogue, mais aussi de l'instrumentalisation des ONG par les Etats et les organisations internationales.
Depuis la manifestation de Cologne de juin 99 en faveur de l'annulation de la dette des pays pauvres et celle de Seattle de novembre 99 contre l'OMC et la marchandisation de la planète, quand les médias (notamment les journaux financiers) parlent des ONG, c'est pour décrire la multitude d'organisations venues manifester des quatre coins de la planète contre ce qu'il est désormais convenu d'appeler la mondialisation économique, matérialisée par des sommets internationaux (Bangkok, Washington, Okinawa, Prague, Nice, Davos). C'est l'époque de la contestation et du triomphe apparent de l'économie libérale.
En ce début de 21ème siècle, les ONG sont indéniablement devenues des acteurs politiques des relations internationales, notamment grâce à leur médiatisation. A ce titre, il est indispensable de se demander ce que sont véritablement les ONG. Ceci est déterminant, puisque cela va conditionner leur recensement et leur typologie, et donc d'une certaine manière, l'évaluation de leur force politique et symbolique.

Selon l'Union des associations internationales, une ONG est une association composée de représentants appartenant à plusieurs pays et qui est internationale par ses fonctions, la composition de sa direction et les sources de son financement. Elle n'a pas de but lucratif et bénéficie d'un statut consultatif auprès d'une organisation intergouvernementale. L'Union des associations internationales estime qu'elles couvrent une centaine de secteurs d'activité, regroupés en dix rubriques : politique, pratique religieuse, activités récréatives, éducation, conditions de vie, problèmes sociaux, industrie et commerce, transports, emploi, société, médecine, sciences fondamentales. Les ONG répondant à cette définition sont à peu près 30 000 dans le monde.

Néanmoins, lors des campagnes et des mobilisations internationales contre la dette ou contre l'OMC, des associations des pays en développement qui n'ont pourtant pas de vocation internationale dans leur objet social et ne peuvent donc être qualifiées d'ONG, ont pu s'associer à ces campagnes et ainsi être considérées comme des ONG ou du moins affiliées à des collectifs d'ONG. D'ailleurs certains auteurs recensent 110 000 ONG au Brésil et 100 000 en Inde ; ce qui laisserait penser qu'il existe des centaines de milliers d'ONG dans le monde.
En fait, dans les pays occidentaux, on ne parle d'ONG que pour les associations intervenant en faveur des pays en développement. En effet, une structure défendant les enfants battus ou l'éducation populaire en France sera considérée comme une simple association, et pas comme une ONG. En revanche, dans un pays en développement, une telle structure sera appelée ONG.
La seule solution pour dépasser ce problème sémantique serait de rejeter la définition de l'Union des associations internationales et de ne considérer comme ONG que les associations travaillant en faveur du développement humain, de la lutte contre la pauvreté et les inégalités, du développement durable et de la paix. D'une part, cette solution irait dans le sens de l'évolution du monde actuel, puisqu'une petite association angolaise ou philippine traitant, par exemple, du Sida dans sa région peut apporter des réponses à d'autres si elle fait partie d'un réseau international, via l'Internet, la coopération Nord-Sud ou Sud-Sud. D'autre part, cette solution permettrait de trier le bon grain de l'ivraie, puisque derrière le vocable "ONG", se cachent parfois des associations promouvant des intérêts industriels et commerciaux, des sectes ou des Etats non démocratiques.
L'expression "Organisation non gouvernementale" fait parfois sourire car les ONG de tous les pays du monde sont souvent, en partie, financées par des fonds publics et gouvernementaux. Et pourtant, ceci est tout à fait normal puisqu'un Etat démocratique se doit de favoriser l'existence de contre-pouvoirs en son sein. En outre, ce serait oublier que ce sont des ONG qui sont à l'origine de la création de certaines organisations des Nations Unies, comme le Bureau international du travail (BIT) ou le Haut commissariat aux réfugiés (HCR). De plus, selon les domaines, les ONG ont des alliés objectifs parmi certains Etats. Ainsi, lors des conférences sur la lutte contre les émissions des gaz à effet de serre, les pays de l'Union européenne et le Japon n'étant pas producteurs de pétrole ou de gaz et ayant une forte concentration de population sont favorables aux ONG, contrairement aux Etats-Unis, au Nigeria ou à la Russie. Pour ne citer qu'un autre exemple, l'Etat canadien, à côté des ONG ayant reçues le prix Nobel, a joué un grand rôle dans l'adoption du Traité d'Ottawa interdisant les mines anti-personnel.

Compte tenu de la médiatisation des ONG, il est évident que l'expression a pris une connotation symbolique très forte et qu'elle exerce donc des effets politiques réels sur les opinions publiques, les gouvernements, les multinationales et les organisations internationales. Pour autant, en tant que nouveaux acteurs politiques et compte tenu de leur nombre, les ONG ne sont pas forcément unies et peuvent avoir des intérêts divergents. En outre, leur influence est largement exagérée car à Seattle, point de départ symbolique de la mondialisation des ONG, les négociations de l'OMC ont échoué du fait des désaccords entre l'Europe et les Etats-Unis et du refus des pays en développement de poursuivre les pourparlers ; les manifestations des ONG n'ayant fait qu'exacerber ces tensions.

Toujours est-il que le pouvoir grandissant des ONG réside et résidera dans le fait qu'elles se constituent de plus en plus en réseau et qu'elles incarnent la prise de conscience, malgré les énormes différences de culture et de niveau de vie, par les habitants de la planète Terre qu'ils ont tous des intérêts vitaux en commun.


Vincent David
Auteur d'un mémoire de DEA de science politique intitulé "Les ONG comme vecteurs de la mondialisation de l'opinion publique", soutenu en 1999 à l'Université Paris IX-Dauphine.
Chargé de communication de la Plate-forme française des ONG auprès de l'Union européenne (PFF)
communication@pff-ong-europe.org
http://www.pff-ong-europe.org


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