Ref. :  000004539
Date :  2002-10-10
Language :  French
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Proposition de création d'une Université Européenne de la Culture

Résolution du Parlement européen sur les universités et l'enseignement supérieur dans l'espace européen de la connaissance (2001/2174(INI))

Le Parlement européen,

1. déclare que la réalisation d'un espace européen de l'enseignement supérieur implique un soutien accru de la part de l'Union aux universités et estime que le respect de la subsidiarité est parfaitement compatible avec ce soutien;
2. affirme que l'Union doit davantage investir dans l'éducation, dans la mesure où la connaissance est la clé de la compétitivité et du développement économique et social européen;
3. demande à la Commission d'accorder une plus large place aux universités dans ses programmes et ses actions et souhaite que celles-ci jouent un plus grand rôle dans le processus de mise en œuvre de l'acquis communautaire;
27. demande à la Commission et aux États membres de soutenir la création d'une Université européenne de la culture consacrée aux disciplines artistiques, littéraires, philosophiques et aux sciences de la communication afin de contribuer à l'élaboration d'un espace européen de recherche pour ces disciplines et de répondre à l'exigence d'un dialogue interculturel avec les autres régions du monde.

Proposition de création d'une Université Européenne de la Culture regroupant la Philosophie, les Arts, la Littérature et les Cultures de la Communication et habilitée à délivrer des doctorats européens


Proposition présentée par Jacques Poulain, Directeur du Département de philosophie de l'Université de Paris 8, professeur titulaire de la Chaire UNESCO de Philosophie de la Culture et des Institutions (à vocation européenne), Secrétaire général du Groupe d’études et de recherches sur les mondialisations, et par Heinz Wismann, Directeur d'études à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales


1. Objectifs et fonctions d’une Université Européenne de la culture :

La déclaration de Sorbonne du 25 mai 1998 soulignait l’urgence “de construire un Espace européen ouvert de l’Enseignement supérieur” et d’accomplir “les efforts vigoureux nécessaires pour abolir les barrières et développer un cadre d’enseignement attractif” et lisible internationalement comme tel. La déclaration de Bologne du 19 juin 1999 invitait à développer “une Europe des connaissances plus complète et ambitieuse”, apte à constituer “le facteur irremplaçable du développement social et humain” qu’elle est appelée à être. La Commission de la Culture et de l'Éducation du Parlement Européen n'hésitait pas “à inviter, le 5 février 2001, la Commission Européenne et les États-membres à soutenir la création d'un Centre européen de philosophie et des sciences du langage sur le modèle de l'Institut universitaire européen de Florence” (Rapporteur : Geneviève Fraisse; PE 197.122, p.21) arguant du fait que les sciences humaines doivent y être introduites comme disciplines de plein exercice dans la construction de l’espace européen de l’enseignement supérieur et de la recherche. Ces déclarations et la détermination dont ont su faire preuve l’Association européenne des universités à Salamanque, les 29 et 30 mars 2001, le Bureau d’Information des étudiants Européens à Göteborg, les 24 et 25 mars 2001 et la rencontre européenne de Prague, les 18 et 19 mai 2001, répondaient à une urgence de plus en plus criante, celle, disait M. Schwartzenberg, “d’humaniser le futur et de civiliser notre civilisation”, en donnant à la formation culturelle des citoyens européens autant d’attention qu’on a su en donner à la formation de l’Union Européenne.

Alors que l'organisation économique et politique de l'Europe se précise, son développement culturel a dû affronter dès les années 70 des crises de rationalité, de légitimation et de motivation. Leur traitement a contraint la philosophie, les arts, la littérature et les sciences humaines de la communication à opérer, au sein d’une discussion internationale, un effort transdisciplinaire d'analyse sans précédent et à effacer leurs frontières de tradition et de langue pour converger dans la découverte de la dynamique de la communication inhérente aux arts, à la littérature mais aussi à l'exercice du jugement critique, qu'il soit quotidien, scientifique, artistique, littéraire ou plus spécifiquement philosophique.


Cette même dynamique de communication était mobilisée par les écrivains et les artistes pour intégrer les mutations de mentalité dérivées des mutations scientifiques et techniques, mais également pour faire face aux dérégulations de l’espace civil dues aux luttes concurentielles des entreprises, à leurs délocalisations et à une mondialisation effrénée, pour surmonter les frictions et les affrontements entre les diverses cultures de l’Europe accompagnant l’intensification des flux d’immigration et les rechutes collectives dans des archaïsmes nationalistes après la dissolution de l’empire soviétique, pour tempérer la tribunalisation des acteurs sociaux et la dépolitisation des citoyens. Comme l’après-guerre des années 1940 avait suscité une prise en charge culturelle de l’Europe par ses intellectuels, la dissémination diffuse, dans les années 1980 et 1990, de ces diverses neutralisations culturelles des institutions européennes a provoqué des innovations créatrices dans les arts et la littérature européenne aussi bien que dans leurs analyses universitaires.

La discussion internationale qui y a présidé, a eu lieu en Europe dans des sites tels que l'École de Korcula, puis le Centre international d'études universitaires de Dubrovnik dès les années 1960, le Centre international d'études sémiotiques d'Urbino dès les années 1970, le Collège International de Philosophie à Paris, le Conseil Supérieur des Recherches Scientifiques de Madrid et les Universités d'été espagnoles, le Collège de la Science de Berlin, l'Institut d'anthropologie historique de l'Université Libre de Berlin, l'Ecole des hautes Études pour les Arts appliqués de Vienne, l'École des Hautes Études de la construction des formes et le Centre d'études des média de Karlsruhe, etc. dès les années 1980, puis dans les différents réseaux nationaux et régionaux des Chaires UNESCO dès les années 1990.


Les résultats de ces innovations créatrices et de leur transformation en formes de vie au sein de cette discussion internationale sont restés cependant trop confinés aux milieux intellectuels et artistiques qui les ont produits. Leur prise en compte médiatique n’a pas encore réellement eu lieu et ils n’ont pu opérer les transformations culturelles profondes appropriées à notre situation présente. Leurs efforts pour inverser la défiance mutuelle des différentes cultures européennes en motif de coopération et de renforcement mutuel ne leur ont pas encore permis de réaliser leur enjeu principal : la transformation de l’Union européenne en Union des cultures, en Union Culturelle. La réalisation de cette union est pourtant la seule base d’un espace public européen, d’un espace où l'union politique et économique de l'Europe puisse advenir et se renforcer dans l’opinion publique européenne elle-même. Car le respect de la diversité de ces cultures ne doit pas y demeurer un vain mot, il doit pouvoir identifier les complémentarités culturelles et les mettre au service de la réalisation de cette Union politique et économique dans la conscience des centaines de millions de citoyens européens qu’il rassemble. Cette proposition de création de l'Université européenne de la Culture, vise à intensifier l’effort de ces disciplines universitaires et des arts et à réaliser cet enjeu en forgeant, grâce à elle, dans l’espace européen de l’enseignement supérieur, une intelligence de la culture qui accompagne les innovations scientifiques, techniques, industrielles aussi bien qu’artistiques et qui puisse être transmise à ces centaines de millions de citoyens européens en s’appuyant sur une anthropologie de la communication aussi assurée de ses résultats que le sont les sciences dites exactes. L'objectif de cette Université Européenne de la Culture est ainsi de promouvoir l’espace d’une élaboration intellectuelle directement liée aux disciplines de la création artistique et littéraire, de la critique philosophique et d’une diffusion des connaissances et des moyens permettant d'assurer à chacun l'intelligence des conditions d’invention culturelle, dans tout l’espace social, bref de permettre à chacun de transformer ses modes de communication en formes de vie.

Elle est donc appelée à valider des jugements individuels et collectifs portés sur l'objectivité de modes de vie humaine appropriés au présent de façon aussi ferme et assurée que le sont les jugements portés par les scientifiques des sciences exactes. On y rassemblera dans 4 départements les disciplines qui assurent à l'homme contemporain une reconnaissance culturelle de lui-même dans cette invention communicationnelle qu'il tente de l'humanité : l'un, de philosophie, représentant l'instance critique à l'œuvre comme discipline universitaire mais aussi comme exercice universel de la faculté de juger, un autre, d'arts et d'esthétique, présentant les divers modes d'inventivité créatrice des modes de vie et d'harmonisation réfléchie des individus et des groupes dans les œuvres, un troisième, de littérature, présentant l'écriture comme mode paradigmatique de transfert de la créativité artistique dans l'identification de l'homme à ce qu'il pense de lui-même, un quatrième, de cultures de la communication développant les diverses façons dont les sciences humaines de la communication peuvent transformer la communication en mode créateur de vie et en mode régulateur de la culture des individus et des groupes.

Comme la communication entre scientifiques demeure un paradigme de dialogue d'expérimentation du monde parfaitement applicable dans cet horizon d'expérimentation sociale de l'homme qu'est devenue la culture, il semble opportun d'adjoindre à ces quatre départements un Centre de recherches de philosophie et d'histoire des sciences. Il pourrait s'y intégrer à la façon dont le Centre Robert Schuman s’intègre à l'Institut Européen de Florence.

Les différentes fonctions de cette université dérivent aisément des urgences définies par les divers partenaires engagés dans la construction de l’espace européen de l’enseignement supérieur et de la nécessité de mobiliser les efforts sans précédent accomplis par ces 4 disciplines depuis 30 ans :

1. Valoriser l'enseignement universitaire européen et les recherches dans les disciplines concernées en délivrant des doctorats européens dans ces disciplines, et ce, dans une institution publique européenne appropriée à cet effet parce que sa compétence serait à la fois assurée, reconnue et contrôlée, dans une étroite collaboration avec les réseaux européens des écoles doctorales ou programmes doctoraux, assurée par la participation de leurs enseignants grâce à un système de décharge à mi-temps. Cette université offrirait ainsi aux enseignants et aux étudiants une mobilité à la fois réelle et sélective : liée aux thèmes de recherche choisis et aux bourses affectables par les différents États contractants à ces recherches, mais qui leur permettrait également d’y valider les thèses rédigées en co-tutelle dans deux universités appartenant aux États membres ;

2. œuvrer en permanence comme un organe européen d’incitation, d'expertise et d’accueil, travaillant à l'articulation des divers réseaux nationaux d'écoles doctorales ou de programmes doctoraux centrés sur les disciplines concernées;

3. mettre à la disposition du plus large public possible un centre de ressources intellectuelles situées à la pointe de la recherche en le faisant participer à un véritable dialogue interdisciplinaire par le biais d’une diffusion de ses séminaires et manifestations dans des médias appropriés, en s’appuyant sur un pool européen de maisons d’édition et en menant par Internet un dialogue systématique avec son public ;

4. développer une analyse des conditions historiques d’une Union Culturelle Européenne
, en articulant les recherches contemporaines et leurs résultats à l'histoire culturelle : scientifique, artistique, philosophique et politique de l'Europe et aux résultats présentés par les différents “Instituts d’études européennes” dispersés dans l’Europe et dans le monde, ouvrant ainsi l’espace européen à une réflexion pleinement internationale dans le domaine de l’intelligence de la création et des singularités culturelles. Elle s'appuiera à cet effet en particulier sur un Institut de recherches étudiant la réappropriation de l'héritage antique dans les cultures nationales européennes et visant à assurer la transmission, dans les différents systèmes d'éducation secondaire de l'Union Européenne, d'un tronc commun de références à cet héritage antique. C’est ainsi qu’elle compte participer à la transformation de l’Union européenne en Union culturelle en lui donnant les moyens universitaires de surmonter ses crises culturelles et ses propres incompréhensions, mais aussi de répondre aux attentes de dialogue et d’élaboration culturels qu’expriment à son égard les autres régions du monde, en affirmant les valeurs de savoir dans le respect desquelles s’est construite l’Europe et qui contribuent à son rayonnement spécifique. Elle aura donc vocation à fédérer les Instituts d’études européennes des différents pays européens autour des résultats de ces recherches.

Pour toute information sur ce projet, merci de contacter :
Jacques Poulain ou François de Bernard


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