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Date :  2018-07-27
Language :  French
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«L’inclusion des Balkans occidentaux est plus importante que jamais»

L’adhésion des Balkans occidentaux est un investissement dans la sécurité et la stabilité de l’UE, affirme Johannes Hahn, commissaire à l’élargissement, dans un entretien avec Euractiv Allemagne.

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Johannes Hahn


Johannes Hahn est le commissaire européen chargé de la politique de voisinage et des négociations d’élargissement depuis novembre 2014.

Quel pays des Balkans occidentaux a fait le plus de progrès depuis un an ?

Il faut avant tout parler de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine, qui a dépassé une profonde crise politique grâce à des moyens démocratiques. Le pays a progressé de manière considérable dans l’application de l’accord de Pržino [accord entre les différents partis qui a mené au déblocage de la crise politique] et des réformes prioritaires, grâce au nouveau gouvernement pro-européen.

Il est important de noter les efforts du gouvernement du Premier ministre Zoran Zaev dans le cadre des bonnes relations de voisinage. Il y a eu le traité d’amitié avec la Bulgarie, puis après 27 ans d’efforts infructueux sous l’égide de l’ONU, la résolution du conflit nominal avec Athènes. Cet accord historique marque une avancée remarquable vers la réalisation des perspectives euroatlantiques du pays.


Le succès de ces négociations dépend encore du référendum, dont le résultat n’est pas certain.

J’appelle donc tous les acteurs politiques à œuvrer de manière constructive pour un résultat positif et à ne pas mettre en danger le progrès pour des raisons purement politiques. Il s’agit de l’avenir du pays, le référendum sur l’accord Macédoine-Grèce sur le nouveau nom doit être organisé aussi rapidement que possible. La ratification de l’accord et un résultat positif au référendum sont des étapes essentielles vers l’adhésion à l’OTAN et à l’UE.


L’Albanie est aussi allée de l’avant, surprenant ses observateurs…

L’Albanie a avancé sur les réformes prioritaires, et en particulier sur une réforme judiciaire ambitieuse. Le gouvernement a aussi fait preuve d’unité dans la lutte contre la corruption et la criminalité organisée. Il faut à présent condamner les cerveaux de ces groupes.

Tout comme l’ARYM, l’Albanie cherche à résoudre des querelles frontalières et à entretenir de manière générale de bonnes relations avec ses voisins. Ce sont ces progrès qui ont poussé la Commission à recommander l’ouverture de négociations d’adhésion pour ces deux pays.


Qu’en est-il des autres pays de la région ?

De manière générale, on peut dire que tous les pays avancent, même si cela intervient à des rythmes différents. Le Monténégro et la Serbie sont actuellement en première place en termes d’ouverture de chapitres dans les négociations d’adhésion, avec respectivement 31 et 14 chapitres ouverts, sur un total de 35.

Le Kosovo a réuni les conditions nécessaires à la libéralisation des visas, et nous avons donc pu faire une recommandation positive à cet égard. La Bosnie-Herzégovine a fourni des réponses à la longue liste de questions posées par la Commission, une condition pour l’octroi du statut de pays candidat à l’adhésion.


La stratégie d’élargissement comprend un objectif, l’année 2025. Cette date n’est-elle pas trop distante pour les pays qui souhaitent intégrer l’UE ?

Absolument pas ! Cette date indicative est proche, parce que les réformes à mener pour arriver aux normes européennes prennent du temps. Il ne s’agit pas seulement de changements législatifs, mais aussi de leur application réelle. En tenant compte des processus de ratification et de référendums nécessaires dans certains pays, on réalise que ce délai est même très ambitieux. Il est aussi crucial de se rappeler que la qualité est plus importante de que vitesse !


Certains États membres ont exprimé du scepticisme quant à la recommandation de la Commission d’ouvrir les négociations d’adhésion avec l’Albanie et la Macédoine. Comment comptez-vous convaincre la France ou les Pays-Bas, par exemple, que cet élargissement est important pour l’UE ?

L’inclusion des Balkans occidentaux est plus importante que jamais, surtout dans le contexte d’une érosion croissante d’un ordre mondial fondé sur les règles internationales. Cette région est entourée d’États membres de l’UE et appartient à l’Europe d’un point de vue à la fois géographique, historique et culturel. Il est donc dans l’intérêt de l’Union d’assurer la stabilité et la prospérité de ses pays de son voisinage immédiat.

Pour moi, il s’agit d’exporter la stabilité, et non d’importer l’instabilité. En ce sens, l’intégration des Balkans occidentaux est un investissement dans la sécurité et la stabilité de l’Union. Il ne faut pas non plus oublier l’aspect géostratégique ; il serait peu sage, voire négligent, de laisser un vide que d’autres acteurs internationaux, dont les valeurs ne correspondent pas aux nôtres, se serviraient.


Alors que les Balkans occidentaux connaissent une évolution positive, les perspectives européennes de la Turquie semblent se rétrécir. Après les récentes élections, Erdoğan va avoir encore plus de pouvoir, et les droits et libertés fondamentales seront soumis à de fortes pressions.

Nous avons adapté notre stratégie à l’égard de la Turquie à la situation dans le pays avant les élections. Tous les États membres partagent le constat que, ces dernières années, la Turquie s’est de plus en plus éloigné de l’UE et de ses normes. C’est pourquoi les États membres ont également confirmé lors du dernier Conseil que le processus d’adhésion est au point mort et que, pour l’instant, aucun autre chapitre ne peut être ouvert ou fermé. À mon initiative, les paiements de préadhésion ont également été ajustés, ils seront donc réduits de plusieurs centaines de millions d’euros au cours des prochaines années.


Ne serait-il pas temps de faire preuve d’un certain réalisme en ce qui concerne la perspective d’adhésion de la Turquie ?

À mon avis, et du point de vue de la plupart des États membres, il est logique de poursuivre le dialogue avec la Turquie. Parce que la Turquie est et reste un voisin important d’un point de vue géostratégique. La coopération dans des domaines d’intérêt commun est tout à fait logique, comme le montre l’accord sur les réfugiés, qui fonctionne parce que les deux parties respectent leurs engagements.

À plus long terme, il peut donc être utile de penser à de nouveaux formats au-delà des négociations d’adhésion, dont la Turquie ne peut ou ne veut pas remplir les conditions.


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