Ref. :  000035961
Date :  2013-10-18
Language :  French
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Mercosur

Mercosur

Author :  Chiara Giordano


Créé en 1991 avec la signature du Traité d’Asunción (Paraguay) par les gouvernements d’Argentine, du Brésil, du Paraguay et de l’Uruguay, le Mercosur (Marché commun du Sud) a été à l’origine conçu comme un simple projet de libre-échange. Cependant, le poids de l’Argentine et l’entrée officielle du Venezuela en 2012 pourraient modifier son orientation, notamment dans le sens d’une attention renforcée portée au commerce Sud-Sud. La récente adhésion de la Bolivie, et celle, en cours, de l’Équateur, semblent conforter cette analyse. À terme, et comme l’ont indiqué les présidents de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA), lors du 12ème Sommet de ce bloc organisé le 30 juillet 2013 à Guayaquil (Équateur), de nouveaux rapprochements pourraient intervenir dans le futur entre Mercosur, ALBA et pays des Caraïbes impliqués dans le projet Petrocaribe. Il s’agirait, pour eux, d’aller vers la création d’une « zone économique complémentaire » entre ces trois espaces [1].

D’après les données de la Cepal [2], le Mercosur est le premier bloc économique sud-américain : il représente environ 77,5% du PIB de l’Amérique du Sud et 56% du PIB de toute l’Amérique latine.
Cependant, il s’interroge aujourd’hui sur sa fonction dans la géopolitique régionale et internationale. Doit-il rester un simple espace économique et commercial ou plutôt évoluer vers la constitution d’un véritable bloc politique capable de répondre au développement de l’Alliance du Pacifique soutenue par les Etats-Unis?

Cette dernière est née en 2011 suite à une initiative du président péruvien Alan García. Les dirigeants des quatre pays membres (Chili, Colombie, Mexique et Pérou) ont insisté sur le fait que l’Alliance se proposait de devenir la zone commerciale la plus importante d’Amérique latine, à travers la création d’un espace de libre circulation de biens, services, investissements, capitaux et personnes. À l’heure actuelle, ces pays, qui ont déjà tous signé des traités de libre-échange avec les États-Unis et l’Union européenne, multiplient les accords commerciaux avec d’autres puissances économiques mondiales. L’Alliance du Pacifique semble donc vouloir se positionner comme la principale organisation latino-américaine prônant le libre commerce, à l’inverse du Mercosur, pour qui le commerce doit rester une activité réglementée.

La position du Brésil sera déterminante dans l’avenir du Mercosur. Pour autant, son orientation actuelle apparaît marquée au sceau de l’ambigüité. D’un côté, Brasilia s’oppose à l’Alliance du Pacifique. Cette dernière introduit par exemple de manière inédite le rival mexicain dans l’espace économique sud-américain. L’ancien président Lula da Silva a fortement critiqué cette organisation en accusant les États-Unis d’avoir encouragé sa création dans le but d’affaiblir les autres organisations régionales, en particulier la Celac et l’Unasur. D’un autre côté, les politiques de Lula puis celles de la présidente Dilma Rousseff ont permis au pays de s’intégrer plus complètement au système des échanges mondiaux, privilégiant l’agro-business et les exportations de matières premières et encourageant l’implantation de multinationales telles que Monsanto.

Concernant les autres défis auxquels le Mercosur doit faire face, la question du Paraguay est sans aucun doute à mentionner. En juin 2012, le pays a été suspendu suite à la destitution de Fernando Lugo ; c’est alors que les autres membres ont donné leur accord à l’entrée officielle du Venezuela dans le bloc, à laquelle le Paraguay s’était toujours opposé. Depuis, les deux pays se retrouvent sans ambassadeurs au sein de leurs représentations diplomatiques respectives. À l’heure actuelle, après l’élection d’Horacio Cartes, le pays exige d’être réadmis dans le bloc, mais le nouveau président continue de considérer comme illégale l’entrée du partenaire bolivarien.

Finalement, le Mercosur doit également faire face à un défi commercial. En effet, les échanges intérieurs ont diminué de 10,8% entre 2011 et 2012 du fait du ralentissement économique aux États-Unis, en Europe et en Chine. Mais l’entrée de la Bolivie (puis de l’Équateur) est censée donner un nouvel élan au commerce entre les différents pays membres.

Au-delà des enjeux politiques et économiques, il est aussi nécessaire de mentionner un autre aspect essentiel du Mercosur : sa dimension culturelle.
Bien que cette organisation ait été conçue au début comme simple zone d’intégration économique, les années qui ont suivi sa création ont vu la mise en œuvre de nombreuses mesures dans les domaines culturel et éducatif, dont l’objectif était de diffuser un sentiment de « liberté de mouvement » [3] et d’appartenance à un même projet. En 1996 fut notamment créé le « Mercosur culturel », instance chargée en particulier d’organiser la coopération culturelle entre pays membres et, plus récemment, de diffuser la Convention (Unesco) sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles de 2005 [4].

Par la suite, la culture a encore acquis une nouvelle dimension, au point qu’à ce jour l’on pourrait parler du Mercosur comme d’un véritable projet géoculturel.
En effet, après la désastreuse crise sociale, économique et politique qui a secoué l’Amérique latine à la fin du XXe siècle et au début du XXIe, les pays de la zone se sont donné pour objectif de faire évoluer l’organisation vers un espace d’intégration fondé sur des principes différents de ceux qui étaient à l’origine de sa création. À savoir, le partage des expériences, une attention plus vive au social et, en même temps, la connaissance – et la reconnaissance – des particularités et des différences entre pays membres. L’enjeu est « une synergie régionale qui puisse garantir aux pays de la région une autonomie majeure vis-à-vis des pressions internes et externes » [5].

D’autre part, c’est la société civile elle-même qui participe activement à la réalisation de ce but. Ainsi, tout récemment fut annoncée la naissance du « Mercosur indigène », qui réunira les représentants des mouvements sociaux et des peuples autochtones de la région. De plus, le Venezuela a manifesté la volonté d’impulser la création d’un « Mercosur ouvrier ».

Pour conclure, la situation actuelle du Mercosur illustre bien les limites et, en même temps, le potentiel important de l’intégration régionale [6] en Amérique latine.
Malgré des avancées inédites lors des dernières années, cette intégration reste en effet fortement dépendante des politiques des gouvernements nationaux concernés. C’est pourquoi il ne semble pas encore possible de trouver à ce stade un modèle de développement commun accepté à l’échelle de tout le sous-continent, et qui puisse justifier une seule grande organisation économique régionale. L’intérêt que le Paraguay et l’Uruguay (deux des quatre pays fondateurs du Mercosur) manifestent pour l’Alliance du Pacifique est emblématique à cet égard.
Néanmoins, le Mercosur est une organisation aussi hybride que complexe, en constante évolution, comme l’intégration régionale latino-américaine elle-même. De ce fait, les efforts des gouvernements impliqués en matière sociale et culturelle, ainsi que les nouveautés introduites avec l’appui de la société civile, montrent qu’elle est bien loin d’être en crise.




Notes:

[1] Cf. la Déclaración de Guayaquil del XI Consejo Político del ALBA (http://www.alba-tcp.org/contenido/declaracion-de-guayaquil-del-xi-consejo-politico-del-alba)

[2] Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes des Nations unies

[3] Ricardo A. Alagia, “La dimensión socio-laboral y cultural en el MERCOSUR” (http://www.dipublico.com.ar/7334/la-dimension-socio-laboral-y-cultural-en-el-mercosur-por-el-dr-ricardo-a-alagia/)

[4] Pour connaître le fonctionnement du “Mercosur culturel”, lire Verónica Pallini, “MERCOSUR cultural. Reflexiones acerca de la dimensión cultural de la integración”, Red de Bibliotecas Virtuales de CLACSO, 2001 (http://biblioteca.clacso.edu.ar/gsdl/collect/ar/ar-025/index/assoc/D4337.dir/Debate14_Pallini.pdf)

[5] “La dimensión social del MERCOSUR. Marco conceptual”, décembre 2012, disponible à la page http://alainet.org/images/Marco-Conceptual_web_esp_spread.pdf

[6] Cf. L’article “Intégration” du Dictionnaire critique, rédigé par Gregorio Recondo : http://www.mondialisations.org/php/public/art.php?id=1862&lan=FR


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