Ref. :  000034508
Date :  2011-06-07
Language :  French
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Orient-Occident : Un binôme impossible ?

Author :  Moncef Dlimi


Un autre partenariat est possible entre l’Europe et les pays sud-méditerranéens. Dans l’immédiat, il faut une nouvelle offre ambitieuse visant à promouvoir les quatre libertés (liberté de mouvement des personnes, des biens, des services et des capitaux) tout en rendant cette offre conditionnée à la mise en place de réformes (politiques, institutionnelles et économiques) dans les pays de la rive sud de la Méditerranée.

En outre, des mécanismes visant à évaluer les progrès accomplis doivent être définis dans le cadre de plans d’actions élaborés conjointement. L’Union européenne doit donc changer de stratégie et mener un travail de lien. Inverser l’échelle des priorités, c’est possible. Mais cette action ne pourra émaner d’une Europe repentante. Au contraire, elle ne doit pas imposer ses vues aux pays du sud. Dans ces pays, la société civile a un rôle fondamental à jouer afin de donner sens à la nécessité politique de tendre vers les mécanismes de contrôle démocratique que l’Union Européenne entend renforcer.

A court terme, le premier défi réside dans la capacité des actions de la vie civile (associations, syndicats, partis politiques toutes mouvances confondues, et les colonies maghrébines à l’étranger), à s’affranchir des schémas d’interprétation dominants, à produire un contre-savoir et à proposer des solutions alternatives (programmes de mobilité, par ex.). Il faut cibler par ailleurs des compétences professionnelles précises. Cela répondra prioritairement aux besoins de main-d’oeuvre étrangère des marchés européens.


A moyen terme :

D’ores et déjà, il faut réfléchir à la conception et à la mise au point d’un nouveau modèle de partenariat EuroMed solidaire et ambitieux : un véritable Barcelone II qui remplacerait et dépasserait les diverses initiatives précédentes. Ce nouveau cadre résultant d’une vision stratégique qui fait actuellement défaut restera néanmoins tributaire de la résolution de l’épineux conflit israélo-palestinien, qui constitue l’une des sources principales de l’insécurité et du terrorisme. Il s’agira donc de privilégier l’action sur les causes de ces défis.

En attendant l’instauration de ce nouveau modèle de partenariat, et en tant que relais, aptes à favoriser sa mise en vigueur plus tard, il faudra avancer dans le cadre de deux sphères concentriques, libérale et sous-régionale.

Au niveau bilatéral, il s’agira de faire évoluer ce cadre, vers un statut réellement avancé qui serait proche du niveau de « pré-adhésion » adopté dans les années 1990 au profit des ex-« démocraties populaires » (PECO) avec des moyens organisationnels techniques et financiers. Cette démarche devra, cependant, être étudiée « au cas par cas », en fonction du degré d’évolution de chaque pays partenaire (bonne gouvernance, respect des valeurs démocratiques, etc.). Il faudra également faire en sorte que ce statut avancé le soit réellement, que son contenu soit négocié réellement entre partenaires égaux et solidaires, et ce, pour ce qui concerne l’harmonisation des législations, l’approfondissement du dialogue, l’amélioration de l’accès au marché, ainsi que le renforcement de l’appui financier... !


Au niveau sous-régional :

Etant donné la situation qui prévaut au Moyen-Orient, c’est surtout l’espace maghrébin qui me semble le plus concerné et notamment dans le cadre de l’initiative 5 + 5. Celle-ci, relancée durant les dix dernières années, a déjà donné de bons résultats en matière de sécurité, de défense, de lutte contre les catastrophes et la criminalité organisée.

Seulement, il s’agit d’un cadre informel : c’est pourquoi il serait indiqué de lui donner une structure et d’envisager de lui affecter une partie des fonds réservés par l’UE à la coopération horizontale régionale dans le cadre du programme d’aide MEDA.

Un tel schéma aurait ainsi le mérite de faire avancer le processus engagé à Barcelone, sur des bases réalistes et adaptées aux changements politiques radicaux qui se manifestent dans la plupart des pays du Sud — tout en s’inscrivant dans la vision stratégique, à moyen et long terme, d’un espace Euro-méditerranéen de coprospérité et de paix.

Je reconnais que la tâche n’est pas facile. Orient-Occident est un binôme antagoniste. Mais l’utopie doit gagner, car l’enjeu actuel des révolutions arabes est vital. Il s’agit du sens et surtout de l’exercice de la liberté. Le monde arabe est un vaste empire, morcelé. Il n’existe pas en tant que tel. Il n’est pas acteur sur la scène internationale. Il est composé d’espaces nationaux où l’on n’a pas encore tranché dans la légitimité. Les jeunes ont grandi dans la dictature et la période post-indépendance. Il faut donc démanteler le discours qui s’est écrit en leur nom et moderniser la société.

Le premier constat qui s’impose à nous en ce début de 21ème siècle est que nous continuons à vivre, et cela depuis des siècles, dans un monde de plus en plus caractérisé par les différences et les contradictions, un monde divisé et partagé, à défaut d’être en partage, un monde où la confrontation s’érige, en règle générale, dans les relations internationales, amenant d’une manière cyclique l’humanité au bord de l’impossible réconciliation.


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