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Date :  2009-06-06
Language :  French
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Home de Yann Arthus-Bertrand ou le défi écologique

Author :  Tanella Boni


Des milliers de téléspectateurs et d’internautes ont vu, dans plus de cent-cinquante pays, le film HOME le 5 juin 2009, journée de l’environnement. Le matraquage médiatique qui a précédé l’événement n’a échappé à personne, sauf à celles et ceux qui se préservent des bruits du monde. Il peut se faire aussi que les langues de diffusion ne soient pas à la portée de tous. Le film a été traduit en 23 langues. Malgré tout, ce fut un événement médiatique et ceux qui pouvaient écouter ont sans doute entendu le message.
Le défi auquel nous sommes confrontés, dans l’urgence, mérite que l’on s’arrête quelques minutes pour voir ces images, pour écouter la voix off qui les accompagne. Les images du film sont belles et si elles reconstruisent l’histoire des vivants et d’un vivant particulier, l’homo sapiens, elles mettent en exergue des liens, l’entrelacement des vies multiples qui forment une immense toile d’araignée tout aussi vivante. Mais cette toile immense n’est point éternelle. Elle s’effrite par endroits. Elle est menacée de toutes parts. Elle doit faire l’objet d’une surveillance accrue. Car il s’agit de notre habitat, le seul qui appartienne à tous les vivants. Il n’y en a pas d’autres.
Cependant, on pourrait montrer qu’un certain nombre de paradoxes entourent un tel film dont la sortie mondiale a bénéficié d’une médiatisation sans précédent. Cela montre qu’il ne s’agit pas de n’importe quel film. Faisant appel aux bons sentiments, à la mauvaise conscience des pollueurs de la Planète, exploitant toutes nos peurs inconscientes, appuyant sur le levier des espérances, ces images belles à souhait et les mots profonds qui les entourent sont sans doute militants mais ne sont pas innocents.
On pourrait dire que le film pose des questions pertinentes, sur nos manières de produire et de consommer, sur les modèles de développement. Quelles sont les erreurs à éviter ? Comment s’adapter aux effets du changement climatique qui semble inéluctable ? Comment résoudre les problèmes de l’eau dans le monde ? L’excès et le manque d’eau tuent. L’insalubrité de l’eau tue encore plus. De nombreuses eaux sont polluées. Et les pollueurs sont connus. Ces questions sont régulièrement soulevées par des experts et des scientifiques, toutes disciplines confondues. Des ONG sensibilisent à la préservation de la Planète pour les générations futures. Cependant, il y a lieu de se demander si les différents discours, plus ou moins alarmistes, qui s’expriment preuves à l’appui, sont entendus. En effet, des multinationales continuent de polluer la terre, l’air et l’eau. Une très grande partie de la Planète continue d’avoir faim pendant que des quantités industrielles de céréales et autres grains servent pour la fabrication d’agrocarburants, ou pour la nourriture du bétail.
Dans les pays développés, la spirale de la consommation n’est pas près de ralentir sa course folle. Dans de nombreux pays africains, on croit que le plastique est un matériau que l’on doit utiliser pour toutes sortes d’emballages. Et personne n’ignore les dégâts considérables causés par l’utilisation à outrance du plastique. Cette industrie est plus que florissante. Que dire de tous les produits pétroliers dont l’exploitation continue d’enrichir quelques multinationales bien connues qui sont prêtes à donner quelques miettes pour payer moins d’impôts, soutenir un film tout en continuant de polluer la Terre de plus belle ? L’un des paradoxes que l’on peut relever est ici. Il suffit de voir la longue liste des groupes qui ont soutenu le film HOME et bien d’autres actions du même genre pour s’en convaincre. Parmi eux, il y a ceux qui croient à la lutte, à cette cause commune, la plus urgente qui soit ; il y a aussi ceux qui ne cessent de pratiquer la politique du pollueur payeur, comme pour se donner bonne conscience, toujours…Parmi ceux-là, j’en ai reconnu au moins un dont l’une des filiales est trempée jusqu’au cou dans le scandale du Probo-Koala à Abidjan.
Les paradoxes ne semblent pas abandonner les défis les plus urgents auxquels nous devons faire face car des intérêts et non des moindres entrent en jeu. Et, pour sensibiliser le plus grand nombre à une cause qui en vaut la peine, le combat ne peut se faire à mains nues. Il faut donc mobiliser les moyens de son temps et aller les chercher là où ils se trouvent. Peut-être pactiser avec le diable ? Surtout quand il s’agit de la survie de la Terre, notre habitat commun, mieux vaut ne pas être un agneau dans un monde de loups !

Tanella Boni, 6 juin 2009


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