Ref. :  000029470
Date :  2008-04-24
Language :  French
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Compte-rendu de la conférence Ifri : « La Chine peut-elle être le moteur de la croissance mondiale ? »

Mercredi 23 avril 2008 – IFRI, Paris
Cycle IFRI « Les économies émergentes et l’avenir de la globalisation »

Author :  Julia Guimier


Les intervenants :
Richard Herd, chef de bureau Chine et Inde au département économie de l’OCDE,
Erik Izraelewicz, directeur des rédactions à La Tribune,
François-Xavier Rouxel, directeur de la stratégie du groupe AREVA
Françoise Nicolas, économiste à l’Ifri.
Discutant : Jean-Luc Domenach, Professeur à l’Institut d’études politiques de Paris et au CERI.
Présidence : Jacques Mistral, directeur des études économiques à l’Ifri, Professeur de sciences économiques.

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Dans un contexte mondial marqué par une crise économique, financière et alimentaire sans précédent, et alors que les Jeux Olympiques vont s’ouvrir dans la capitale chinoise avec pour fond de toile manifestations pour le respect des droits humains et appels aux boycotts multiples, le panel était invité à se prononcer sur la capacité de la Chine à assumer le rôle de substitution au dynamisme de l’économie américaine.

A l’exception d’Eric Izraelewicz qui a tenu, au début de son intervention, à rappeler que malgré le leitmotiv bien connu de sa « fin », la croissance chinoise est une dynamique qui fête cette année son trentième anniversaire et que ce qu’il appelle « l’envie de croissance » des populations et des autorités ainsi qu’une maîtrise parfaite de l’économie par ces dernières permettent de croire en la poursuite de cette dynamique, l’ensemble des intervenants ont convergé vers une réponse négative. Comme l’a souligné Richard Herd, 2007 et 2008 ont vu pour la première fois la croissance des salaires prendre le pas sur la croissance des profits, et la croissance des importations dépasser celle des exportations. Deux faits inédits qui laissent à penser que sur les prochaines années, le taux de croissance chinoise ira diminuant.


Parmi les raisons explicatives de l’incapacité de la Chine à se substituer aux Etats-Unis en termes de croissance, des « facteurs internes » ont été mis en avant par le panel.

Pour Eric Izraelewicz lui-même, plusieurs facteurs pourraient remettre en cause la dynamique de croissance fulgurante de la Chine. Parmi ces facteurs figurent : i) une baisse de la population active à partir de 2015 selon le PNUD (contrairement au scénario indien) ; ii) l’ articulation entre économie de marché et régime politique autoritaire que beaucoup pensent contre-nature – malgré les exemples du Chili, de la Pologne et de la Corée du Sud que l’intervenant rappelle brièvement.

Françoise Nicolas a avancé trois raisons principales qui expliqueraient la faiblesse de la croissance chinoise. La première, c’est la « dépendance » de cette croissance sur les entreprises étrangères opérant sur le territoire. Une dépendance que les chiffres de l’exportation masquent puisqu’ils ne disent rien de l’importation de pièces à haute valeur ajoutée entrant dans la composition de produits exportés. La seconde raison repose en l’existence de trois goulots d’étranglement structurel.
i) Une intensité énergétique en hausse, là où on attendrait qu’elle diminue, en raison d’un problème massif d’acheminement, et ce malgré la présence de pétrole et de charbon sur le territoire chinois.
ii) De manière liée, la production de l’électricité à partir du charbon et l’augmentation du taux de motorisation exposent la Chine à une problématique environnementale majeure.
iii) Enfin, dans le domaine social, la croissance des dernières décennies s’est accompagnée d’un creusement des inégalités ainsi que de l’exacerbation de tensions sociales auxquelles Pékin devra répondre.
Troisième facteur de la faiblesse de la croissance chinoise : une maîtrise des dynamiques économiques qui aurait recours à des instruments traditionnels (contrôle sur les prix en situation d’inflation) qui ne seraient plus pertinents dans le contexte économique mondial actuel.

Jean-Luc Domenach a quant à lui insisté sur les facteurs internes d’ordre socio-politiques. La Chine serait confrontée à plusieurs défis auxquels l’Etat devra répondre dans les décennies à venir au risque de ne pas parvenir à assurer les conditions sociales et politiques d’une croissance économique solide. Défi, tout d’abord de la régulation par l’Etat des domaines de la santé, de l’achat de logement et du mariage ; celui, ensuite, de la gouvernance d’un pays qui se réclame unique mais qui, dans les faits, est confédéral ; et enfin, le défi du consensus politique à trouver entre un régime et une population qui, selon lui, n’acceptera de fermer les yeux sur la corruption des sphères dirigeantes que si elle bénéficie elle aussi, et surtout dans les zones rurales, d’une croissance confortable.


Outre ces facteur internes, les intervenants ont souligné l’évolution d’un contexte géopolitique et économique mondial qui serait devenu moins favorable à la croissance chinoise.

Erik Izraelewicz rappelle que l’entrée de nombre de pays dans une dynamique de repli et de protectionnisme pourrait mettre en difficulté une stratégie de croissance tournée jusque là sur l’ouverture et l’insertion dans le marché mondial. Pour Jean-Luc Domenach, à la conjoncture économique internationale, s’ajoute un durcissement d’attitude de la communauté internationale et des sociétés civiles en matière de respect des conventions internationales face auquel la Chine se trouvera dans l’impossibilité de compter sur les concessions dont elle bénéficiait jusque là, dans le domaine des droits de l’homme notamment.

Enfin, les défis globaux environnementaux et la lutte contre le changement climatique met la Chine et sa croissance économique en prise avec une pression grandissante de la part de la communauté internationale. En rappelant le cas de l’Afrique du Sud où la fermeture de plusieurs entreprises par manque d’approvisionnement d’énergie serait en passe de coûter au pays un pourcentage non négligeable de son PIB, François-Xavier Rouxel souligne le lien entre croissance et intensité énergétique. En effet, malgré la mise en place d’un programme d’investissement massif et ambitieux de construction et de production d’électricité - notamment dans le domaine nucléaire et la mise en place d’un plan de contrôle des gisements d’uranium partout dans le monde, le charbon – énergie fossile la plus polluante - restera pour la Chine la principale source d’énergie jusqu’en 2015-2030 et ses émissions de gaz à effet de serre atteindra en 2030 12 giga tonnes, soit le double de la production américaine.

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Countries : 
- China   

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