Ref. :  000002851
Date :  2000-11-15
Language :  French
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Morale et politique


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1. Antigone contre Créon

Morale et politique : sur ce thème, que l'on dit souvent « d’actualité », ce qui devrait plutôt attiser le soupçon que susciter de l’enthousiasme, je propose tout d’abord de revenir à l’Antigone de Sophocle. En effet, cette tragédie présente avec une limpidité inaltérable les termes d’une problématique qui suscite aujourd’hui presque partout la plus grande confusion.
Quel est donc le nœud de la tragédie Antigone ?
Créon, roi de Thèbes et oncle d’Antigone, le dévoile dès le début de la pièce, dans une déclaration aux Thébains qui est tout à la fois une explication, une justification, la promulgation d’une loi et une injonction solennelle à ne pas enfreindre cette loi.
Que dit Créon ?
« J’ai pris les décisions suivantes à propos des deux fils d’Œdipe ( lesquels viennent de s’entretuer lors d’un combat féroce ): Etéocle, tombé glorieusement pour la cité, aura les honneurs du tombeau, comme il se doit pour un héros mort au combat. Mais son frère, Polynice, qui est rentré d’exil pour incendier et saccager la terre de ses pères et les dieux de sa race, boire le sang de ses propres parents et les réduire en esclavage, Polynice n’aura pas de tombeau - je l’ai fait dire par toute la ville -, il n’aura pas de chants funèbres et son corps restera sur place, sans sépulture, à la merci des oiseaux et des chiens. Mon estime n’ira jamais aux pervers mais aux justes, à ceux qui se dévouent pour leur cité, qu’ils soient vivants ou qu’ils soient morts. » (1)
Que signifie-t-il ainsi ? Que les lois de la cité - qu’il édicte lui-même en tant que chef de la communauté - priment sur toute autre. Polynice s’étant « insurgé » contre la cité, ayant combattu contre elle et commis ce crime - le plus grave de porter atteinte aux lois d’ici-bas, il n’aura pas droit à la sépulture rituelle. La « morale » de Créon ne se préoccupe nullement des convictions et des usages privés : car elle est publique et, plus précisément : politique (au sens de la polis, la cité. C’est une morale de la cité et pour la cité qui prime sur toute autre forme de « morale privée.
L’annonce de Créon, sa mise en garde sont d’ailleurs confortés par les paroles du Coryphée (le chef du Chœur) : « Il est en ton pouvoir de décider qui est l’ami et qui est l’ennemi de la cité et d’édicter les Lois qui te conviennent à l’égard des vivants et des morts. » Ce que l’on peut traduire ainsi : la seule morale qui tienne est celle de la polis. C’est au politique de fixer les règles de comportement individuelles et collectives du citoyen.
Mais, face à cette interdiction revendiquée comme politique, comment se déterminent les deux sœurs des défunts Etéocle et Polynice ?
Antigone résume l’affaire d’une manière bien différente :
« Créon accorde l’honneur d’une tombe à l’un de nos deux frères et le refuse à l’autre. Etéocle vient d’être enseveli selon les rites et la justice pour être honoré chez les morts. Mais l’autre, Polynice, le malheureux, nul n’a le droit de l’enterrer, de le pleurer : il doit rester sans sépulture et sans lamentations, comme une proie offerte en pâture aux rapaces ! »
On voit le fossé qui la sépare du roi, car, à ses yeux, les raisons mêmes qui motivent la décision de Créon sont invalides, tandis que seule compte la différence (perçue comme inéquitable) de traitement envers ses deux frères, qui ont pourtant connu une mort semblable. Elle refuse la démonstration politique de Créon, et constate seulement l'iniquité des décisions qui en découlent.
La première conséquence qu’Antigone en tire est : « Créon n’a pas à m’arracher mon frère » ce qui peut se traduire ainsi : il n’y a pas de « morale publique » en droit de piétiner la morale individuelle. La seconde conséquence :
« C’est à ceux d’en bas qu’il faut plaire, à ceux auprès desquels on repose à jamais et non à ceux d’ici ». Par quoi Antigone souligne qu’au-delà même de l’attachement familial, il est des lois immémoriales supérieures aux lois de la cité. Sa conception s’oppose ainsi trait pour trait à celle de Créon.
Quant à Ismène, sa sœur, elle avoue : « Je n’ai pas la force de me dresser contre toute la ville ». Soit : ma morale privée, à moi, Ismène, même si je l’estime juste et bonne, n’a pas les moyens de lutter contre la loi de la polis. Ou, si l’on accepte de suivre ce raccourci : « la morale » ne peut tenir tête à « la politique. »
Ces trois positions - de Créon, d’Antigone et d’Ismène - définissent en creux la confrontation qui est le tournant de la tragédie, au moment où Créon exige d’Antigone, qui vient d’être prise en flagrant délit de désobéissance, qu’elle explique son acte :
« Créon - Réponds-moi d’un mot, sans phrases. Connaissais-tu l’interdiction que j’avais faite ?
Antigone - Evidemment. Tout le monde la connaissait.
Créon - Et tu as osé passer outre à mes lois ?
Antigone - Oui, car ce n’est pas Zeus qui les a proclamées, ni la justice, compagne des dieux d’en bas. Ils n’ont jamais fixé de telles lois pour les hommes, et tes interdictions, crois-moi, sont peu de chose à côté des lois naturelles et immuables des dieux, ces lois que tu prétends fouler aux pieds, toi, un mortel. Elles ne sont pas d’hier ni d’aujourd’hui, elles existent depuis toujours, au point que nul ne sait quand elle sont apparues. Et il faudrait que moi, par peur d’un homme, j’aille risquer le châtiment des dieux ? ( ... ) »
Tout est contenu là, dans cette joute sans merci, qui ne laisse place à aucun compromis.
La brutalité, l’assurance, le mépris de Créon, tout d’abord. Celui-ci n’hésite pas à les afficher, non seulement parce qu’il est sûr de son affaire, mais aussi et surtout parce qu’il ne peut tolérer la mise en cause de l’absoluité de son « pouvoir temporel ». D’où son interrogation irritée : « Tu as osé passer outre à mes lois ? », qui souligne l’incongruité de la conduite d’Antigone. Car « les lois d’ici-bas » étant faites pour être respectées, il suffit d’en avoir connaissance pour que cela soit accompli. Or la connaissance de ces lois, leur diffusion a été procurée à chacun par Créon lui-même. Tout le reste est ubris, pathos, extravagance - et ce n’est pas autrement que le roi considère le comportement de sa nièce.
On ne s’étonnera pas que pour celle-ci, la posture arrogante de son oncle apparaisse dépourvue de toute valeur, et qu’elle y voit, en retour, le même excès que celui qui lui est reproché : «L’intolérable, c’était de laisser pourrir sans tombeau le corps de mon propre frère ( ... ) Tu penses que je suis folle, mais le vrai fou, en vérité, c’est celui qui me traite de folle. » Car la folie de Créon, aux yeux d’Antigone, est de croire que sa loi - la loi d’un homme, fut-il roi - peut ignorer les lois supérieures, «naturelles», « immuables », ces lois non-écrites qui dictent au père ce qu’il doit faire pour le fils, à la sœur ce qu’elle doit faire pour le frère... - et, pire : qu’il serait loisible de les combattre, ces lois, d’empêcher leur respect. C’est de croire que la loi « temporelle » peut fouler aux pieds la morale « éternelle », sans que cela ait des conséquences dévastatrices pour la Cité dans laquelle cela s’accomplit. Soit un point de vue inverse de celui de Créon, pour qui le vrai risque est l’effet propagateur de désordre dans la cité d’une désobéissance à sa loi non sanctionnée.
Lois des dieux contre lois de la cité : il n’est pas d'accommodement possible entre elles (2) - l’une doit l’emporter, et Créon est prêt à tout pour cela. Pour sauvegarder son pouvoir (pour qu’aucun citoyen n’ignore plus que les règles de la cité ne peuvent être transgressées), il n’hésite pas à faire cet exemple insigne : sacrifier sa nièce et future belle-fille (car Antigone devait épouser Hémon, fils de Créon).
Revenons encore un instant sur cet échange qui résume tout l’enjeu, longuement médité par Hölderlin dans ses Remarques sur Antigone, et qu’il traduit ainsi (3) :
« Créon - Par quelle audace as-tu enfreint une telle loi ?
Antigone - Voilà : mon Zeus ne m’en a pas instruite... »
Il y a, dans ce choc entre les protagonistes de la tragédie, la définition même de ces deux champs qui ne cesseront plus d’occuper la scène : le champ de la politique et celui de la morale - la morale qui vient à rencontrer la politique et à lui faire face.
D’abord, se trouve ainsi délimité l’espace propre à chacune - espace disputé et objet de lutte. Puis, est fait le constat de l’irréductibilité de la morale individuelle à la loi de la cité. Enfin, apparaissent en contrepoint cette question et cet enjeu, rencontrés d’une manière ou d’une autre par tous les politiques, les philosophes, les « moralistes » depuis Sophocle : à savoir, morale et politique sont-elles nécessairement exclusives, ou existe-il une possibilité de les concilier ? Peut-on passer - et comment ? - de Morale ou politique à Morale et politique ?
Face à ce débat bimillénaire, on rappellera trois des positions de référence de l’époque moderne.
D’abord, la position « rousseauiste-kantienne », pour laquelle il existe un lien indispensable entre morale et politique, et ce lien est celui d’un primat de la morale sur la politique, au sens où la morale doit inspirer la politique, lui insuffler son esprit propre.
La première idée, celle du lien indispensable, c’est que « Ceux qui veulent traiter de politique sans traiter de morale montrent par là qu’ils n’entendent rien ni à la morale ni à la politique. » Non seulement il ne saurait y avoir d’exclusive (morale ou politique), mais encore il y a interpénétration de l’une et de l’autre, qui ne peuvent prétendre à l’autonomie (à une loi indépendante).
La deuxième idée, celle du primat de la morale, Rousseau la définit ainsi dans son Discours sur l’économie politique : « Voulez-vous que la volonté générale soit accomplie ? (...) Comme la vertu n’est que cette conformité de la volonté particulièrement à la générale, pour dire la même chose en un mot, faites régner la vertu (...). Le plus grand ressort de l’autorité publique est dans le cœur des citoyens. » La vertu doit effectivement être au principe de la politique, régner sur elle et non venir à sa remorque : « les mœurs publiques suppléent au génie des chefs ; et plus la vertu règne, moins les talents sont nécessaires. » (4)
Cette position, que l’on retrouve chez Kant, est clairement du côté d’Antigone, et à l’origine de tout un courant de pensée qui accompagna la Révolution Française, en particulier la théorie et la pratique politiques robespierristes.
A rebours, la position « machiavélique », pour laquelle il y a primat du politique sur « la morale ». En effet, Machiavel est sans concession sur ce sujet, et se situe résolument du côté de Créon, comme on le note au chapitre XVII du Prince (De la cruauté et de la clémence, et s’il vaut mieux inspirer l’amour ou la crainte) , lequel justifie précisément la conduite de Créon face à Antigone :
« Aussi, un prince ne doit-il se soucier aucunement d’être traité de cruel si l’unité et la fidélité de ses sujets sont en jeu. En infligeant un petit nombre de punitions exemplaires, il se montrera plus pitoyable que ceux qui, par excès de pitié, laissent se poursuivre les désordres, engendreurs de meurtres et de rapines : ces crimes nuisent ordinairement à tous, tandis que les exécutions commandées par le prince frappent un seul individu. » (5)
Selon cette analyse, ce qui importe n’est nullement de savoir qui aurait raison (de la « loi divine » ou de la « loi humaine », du prince ou de son sujet), mais seulement l’obéissance (aveugle) à la loi politique (celle du Prince) et l’unité qui en résulte pour la cité (de l’obéissance entendue comme lien politique fondamental). De ce point de vue, « le cruel Créon » se voit conforté dans sa décision de sanctionner de manière exemplaire la désobéissance d’Antigone - lourde de menaces pour la cité.
Enfin, plus mesurée - à la fois moins radicale et plus critique - apparaît la position hégélienne, qui s’affirme au cœur de la Phénoménologie de l’Esprit.
Tout d’abord, lorsque Hegel aborde le chapitre essentiel (VI.A) consacré à
« l’éthicité » (Sittlichkeit) , où il fonde précisément sa réflexion sur une analyse d’ Antigone. Il propose ainsi le concept de « loi humaine » comme étant : « la loi bienconnue .et l’ethos présent-là .» Cette loi, dans la tragédie, Créon l’a fait connaître en personne à ses sujets, en désignant l’interdiction qu’il s’agit de respecter ici et maintenant. Cet ethos, ces mœurs actuelles qu’il fixe ainsi, sont à comprendre dans leur opposition à la tradition immémoriale de la famille, à cette « loi divine » qui est, écrit-il, « l’essence simple et immédiate de l’éthicité .» Une loi divine qui, à son tour, justifie l’attitude d’Antigone : «La perte du frère est par conséquent irremplaçable pour la sœur, et son devoir à son égard le (devoir) suprême. »
Cependant, pour Hegel, le problème n’est plus de prendre parti, de dire qui a raison d’Antigone ou de Créon, de la loi humaine ou de la loi divine, car chacun « a raison » du point de vue qui est le sien et à l’aune de sa propre loi, mais « aucun des deux n’est seul en et pour soi. » Car l’un et l’autre ne constituent que des moments de l’effectuation en cours de l’Esprit, moments qui ont chacun leur vérité propre, et face auxquels ce qui importe n’est pas de « juger » (par une opposition factice), mais de saisir leur sens individuel, les liens qu’ils entretiennent, ainsi que le mouvement qui mène de l’un à l’autre, puis au-delà. C’est pourquoi, ajoute-t-il plus loin :
« Comique est la collision des devoirs (celui d’Antigone et celui de Créon) parce qu’elle exprime la contradiction, à savoir d’un absolu opposé ( ... ). Mais la conscience éthique sait ce qu’elle a à faire ; et est décidée à appartenir soit à la loi divine soit à la (loi) humaine. » (6)
Pourtant, en définitive, Hegel, sans se rallier à la position de Machiavel (le « tout politique »), penche plutôt de son côté que de celui de Rousseau ou de Kant. En effet, Hegel apparaît en faveur d’une autonomie de la morale et de la politique, permettant à celle-ci de se déployer hors de ce qui serait un pur règne de la morale. Pourquoi ? Peut-être en raison de ses études sur la Révolution Française et en particulier ce tournant de la Terreur qui l’impressionna beaucoup (cf. plus loin le chapitre VI.B.c). Il y a ainsi chez Hegel cette idée qu’un trop grand moralisme menace de déboucher sur la Terreur dès lors qu’il prétend s’articuler sur une politique : « Il n’est donc aucune oeuvre positive ni (aucun) acte (positif) que puisse produire au jour la liberté universelle ; ne lui reste que l’agir négatif ; elle n’est que la furie du disparaître. » (7)
La morale ne doit pas régner sur le politique - car ce règne peut se révéler être seulement celui de l’arbitraire : celui de la fausse liberté sans contraintes, et, partant, mener au pire. Une idée que l’on trouve à l'œuvre chez Kant lui-même dans sa (pessimiste) conclusion de la Critique de la Raison pratique (1788) : « La morale a commencé par la plus noble propriété de la nature humaine dont le développement et la culture ont en vue une utilité infinie, et elle a abouti au fanatisme ou à la superstition. » (8)
Etrange anticipation de la Terreur pour celui qui accueillit avec enthousiasme les premières nouvelles de la Révolution un an seulement après la publication de son ouvrage !
Pour tirer au moins l’un des fils de cette tradition, on notera donc que le primat de « la morale », s’il peut révéler des Antigone (dont la noble figure a toujours impressionné... sauf les « machiavéliens » !), peut aussi produire des Robespierre, ou, dans un registre plus contemporain et plus réducteur, mais tout à fait emblématique : un procureur Starr. Or, c’est précisément la situation forgée par ce dernier - laquelle a mobilisé l’attention internationale pendant au moins deux années (1997-98), et ébranlé les institutions de la première puissance mondiale -, que je propose maintenant d’analyser.


2. Autour de l’affaire Clinton-Starr-Lewinsky : de la clarté sophocléenne à la confusion médiatique

Qu’est-ce qui rapproche ou oppose Allemands et Français face à une telle affaire ? On l’a vu avec le tir croisé des déclarations de Messieurs Kohl (9)
, Jospin et Chirac : à un premier niveau, il y a d’abord réprobation sur la méthode employée pour déstabiliser M. Clinton, et même une indignation largement partagée chez les grands leaders de part et d’autre du Rhin (ce qui n’est pas le cas, par exemple, en Grande-Bretagne, ou un journal aussi respecté que The Economist . n’a pas hésité à plusieurs reprises à appeler M. Clinton à démissionner, avec une violence assez sidérante). Pour autant, on ne peut affirmer que de distinction d’approche entre Français et Allemands, il n’y en ait pas - au contraire.
Si l’on voulait simplifier abusivement les positions respectives, on pourrait dire que pour les commentateurs allemands, les arguments avancés par les tombeurs de M. Clinton ne sont ni sérieux ni, surtout, fondés en raison. Ils ne sont tenables ni sur le plan de la rationalité juridique, ni sur un plan historique (par exemple, celui de l’histoire constitutionnelle américaine). Mais pour les Français, qui seraient prêts à partager un tel point de vue, les raisons à opposer aux juges de Bill Clinton se situent encore en amont : il leur apparaît simplement inacceptable qu’une telle affaire privée puisse être ainsi portée sur la place publique - qu’il faille en arriver à utiliser des arguments de droit pour justifier la position de M. Clinton - et lui éviter démission ou impeachment ! ...
A cet égard, on signalera l’intéressant article paru dans Die Zeit le 24 septembre 1998 sous la signature de Robert Leicht ( Das obszöne Verfahren -L’obscène procès), qui se situe d’emblée sur un terrain analytique et non-descriptif. Il ne croit pas nécessaire de rappeler ceci et cela des détails graveleux de l’affaire Lewinsky, et, en particulier, il ne cite pas les opinions des uns et des autres comme si elles pouvaient servir de paratonnerre à ce qui va être dit par l’auteur. Au contraire, dès les premières lignes, son auteur décentre l’affaire à l’aide de la fameuse maxime Fiat justitia, pereat mundi (que la justice soit, même si le monde doit s’écrouler), qui permet effectivement de la resituer de manière non-normative.
Dans la suite de cet article, et jusqu’à son terme, c’est encore et toujours l’interprétation de l’affaire qui prime, comme si rien n’avait plus d’importance que de comprendre comment et pourquoi l’affaire a pris de telles proportions, mais aussi, et surtout, sur quels mensonges fondamentaux (Lebenslügen) et sur quelles erreurs elle est construite. Car c’est bien « l’amont » qui intéresse M. Leicht : la façon dont les choses ont été tissées par le procureur Starr et les arguments que celui-ci a utilisés pour faire triompher son point de vue. C’est pourquoi il se livre à une déconstruction méthodique de ces mensonges et de ces erreurs afin de montrer en quoi le réquisitoire de M. Starr n’y résiste pas :
« Mensonge n° 1 : II existe une vérité en soi et pour soi ( Es gibt eine Wahrheit an und für sich) . En réalité, il n’y a pas de vérité sans rapport avec la méthode utilisée pour l’atteindre. Et il y a des méthodes d’atteinte de la vérité qui ont pour conséquence que les faits trouvés ne peuvent plus être utilisés pour parvenir à un jugement (...) »
« Mensonge n° 2 : Il serait question de la vérité, de toute la vérité et de rien que la vérité. En réalité il n’y a pas de vérité sans égard à un objectif. Or les vérités de l’affaire Lewinsky-Clinton sont loin d’être dans un rapport raisonnable avec le but original de l’ordre d’investigation donné à Kenneth Starr ( ... ) »
« Erreur n° 1 : la personne privée Bill Clinton et la personne officielle du Président doivent être identiques à tout moment. En réalité, la revendication d’une identité totale entre comportements privé et officiel contient un élément de totalitarisme - au moins est-elle étrangère à la nature humaine et par là inhumaine. Une telle revendication peut seulement résulter d’un malentendu romantique ou puritain ( ... ) »
Le seul problème que j’ai, en définitive, avec cette analyse de Robert Leicht, que je trouve généralement pertinente et supérieure à celles que j’ai pu noter dans la presse américaine, française et allemande, c’est qu’il n’en tire pas toutes les conséquences. Il ne va pas jusqu’au bout de son intuition et accorde encore - comme la plupart des commentateurs - une part trop belle à un moralisme qui serait d’abord cela : « moraliste » (comme si l’on pouvait le prendre pour argent comptant). À l’image de Klaus Harpprecht, qui écrivait dans le Zeit de la semaine précédente (10), il fait trop de cette affaire une affaire dont les vrais responsables pourraient être aisément circonscrits et identifiés comme « Les Puritains d’Amérique » (titre de l’article de Harpprecht).
Et c’est là que je « décroche », ou pour le dire un peu vivement : je ne pense pas que cette affaire-là puisse être si facilement « rapatriée », d’une manière ou d’une autre, dans le champ de la morale - puisse être considérée comme une affaire de morale qui vient semer le trouble dans le politique.
Pourquoi ? Parce que si c’était le cas, la brillante déconstruction de M. Leicht ne produirait pas ses véritables effets, et elle n’aurait guère plus à apporter au débat que le flot des commentaires « moralisants » que l’on peut lire un peu partout, y compris sous la signature de membres éminents du Parti Démocrate américain (11) : « Le président est un modèle. En raison de sa position et de l’autorité morale qui émane de sa fonction, il fixe les règles de comportement du peuple qu’il sert ( ... ) Dans le cas qui nous occupe, le président a eu apparemment une relation extra-conjugale avec une employée deux fois plus jeune que lui, et cela sur son lieu de travail, à proximité du Bureau ovale. Un tel comportement n’est pas simplement déplacé, il est immoral. Et il est dangereux. Car il dicte ce qui est acceptable par la famille américaine - nos enfants, en particulier - avec autant de force que l’effet négatif de la culture de divertissement( ... ) Je crois que le mal causé par ces agissements dépasse le politique. Cette inconduite pourrait bien venir renforcer l’un des pires messages que colporte notre culture populaire : les valeurs sont fongibles. »


3. Le moralisme, continuation de la politique par d’autres moyens

Il est singulièrement complexe de mettre en perspective avec le « soupçon » (nietzschéen) ad hoc une affaire qui occupa tant la scène médiatique. De faire autre chose que rester à sa surface, trop glissante ou trop adhérente - pour commencer à l’interpréter. En effet, tout se dresse contre cette recherche de la perspective. D’une part, le contenu propre d’une telle affaire et de son utilisation - car l’on n’a cessé de souligner sa trivialité, voire son obscénité. D’autre part, la surabondance même des opinions exprimées à son propos, qui opacifie «le débat » et rend inouïe . la véritable question dont il est question.
En effet, si l’on se laisse envahir par cette trivialité, cet écran des opinions, l’alternative n’est pas des plus réjouissantes. Soit, en effet, l’on abonde au discours médiatique, ce qui contraint à rester au niveau de la pure description, qui se suffit d’oppositions basiques (« moral / immoral », « réactionnaire / progressiste », « laxiste / intégriste », etc.) sans souci de les justifier, et ne désire pas autre chose que de qualifier l’ennemi. Soit, désabusé par de telles conventions, l’on se détourne de la controverse - ce qu’ont choisi la plupart des témoins, à commencer semble-t-il par les électeurs américains. Mais, dans les deux cas, la posture adoptée l’est clairement aux dépens d’une interprétation - qui en serait bien une -d’uneinterprétation «extra-morale », pour reprendre une catégorie nietzschéenne.
Si l’on souhaitait donc dépasser cette alternative aussi peu reluisante, une première façon de le faire serait de la considérer comme ce piège qui sert à éloigner de l’objet en question. La nature de ce piège, c’est de captiver l’attention jusqu’au point où, comme citoyen-observateur, il n’y aurait plus comme solution que de prendre parti à l’intérieur du « débat » actuel, d’adopter l’une de ses postures convenues, avec sa grammaire imposée (dire si oui ou non « Clinton a commis une faute » ; se prêter au jeu de fixer la frontière entre « mensonge licite », d’un côté,
« inapproprié », « incorrect » ou « condamnable », d’un autre côté ... voire, de ne pas participer du tout à ce débat, le rejetant ou le fuyant.
Puis, une fois appréhendé le fonctionnement du piège, il s’agirait de saisir le mouvement qu’il dissimule. Mais alors se profile une difficulté supplémentaire : c’est qu’il existe déjà profusion d’« interprétations » disponibles, soit, pour l’essentiel, des constats évoluant autour de l’idée que nous serions aujourd’hui confrontés à un «retour à la morale » lié à une « perte des repères individuels et collectifs », et correspondant au « besoin de nouvelles règles du jeu »...
Mais faut-il accepter ce genre de constat qui énonce : «Voilà, il y a un grand retour en force de la morale », comme si cela était naturel, comme le retour des saisons, mais qui ne prend aucune précaution et n’hésite pas à amalgamer sous l’emblème de « morale » des choses de natures très différentes ?
J’ai plutôt le sentiment que si ce que l’on labellise du nom de « morale » prend depuis quelques années dans les prétendues « démocraties avancées » une telle importance, ce n’est pas seulement parce que le « besoin de morale » (celui d’Antigone) serait inscrit dans le patrimoine génétique du citoyen occidental, et se devait de resurgir avec une vigueur accrue à intervalles réguliers.
Je crois que ce à quoi nous sommes confrontés intervient dans des lieux et circonstances historiques déterminés : plus précisément, dans un certain état de la démocratie et de ses impasses (économiques, sociales, culturelles), sur un plan et dans un champ qui ne sont autres que ceux du politique.
Je crois que « le retour à la morale » actuel ne doit pas être pris pour argent comptant - comme un événement uniforme et véridique -, mais au contraire perçu sous deux espèces distinctes. D’une part, il y a effectivement résurgence de l’immémorial « besoin de morale », et cela résulte à la fois de l’ampleur des échecs politiques et de la faiblesse de la « morale publique » qui accompagne ces échecs. D’autre part, on assiste aussi à un retour en force et, sans doute, à une nouvelle forme particulièrement virulente du « moralisme » (non de la morale), phénomène qui partage avec le précédent les mêmes causes profondes, mais en représente, en quelque sorte, une conséquence adverse.
Je crois que le moralisme dans ses versions occidentales récemment diffusées (qu’elles soient américaine, anglaise, française ou italienne) doit -être- entendu comme quelque chose qui vient stigmatiser l’impasse présente du politique en même temps qu’elle lui fournit une forme de solution - une précieuse solution de continuité- face à cette impasse.
Je crois, pour reprendre une nouvelle fois le concept que ne cesse de travailler Clausewitz dans son ouvrage De la Guerre, que le moralisme - c’est-à-dire une certaine forme de la guerre menée au nom et sous l’étendard de « la morale » - doit être entendu comme la continuation de la politique par d’autres moyens.
Le moralisme contemporain doit être compris comme cet expédient (12) que le politique s’est forgé afin de venir à bout de certaines des difficultés majeures qu’il rencontre : une incapacité croissante à résoudre de manière satisfaisante pour le grand nombre la question économique ; des contradictions de plus en plus vives entre l’objectif oligarchique de „la mondialisation“ et les exigences démocratiques des citoyens au quotidien ; et, partant : la méfiance, la suspicion, la désaffection des mêmes citoyens.
Le moralisme est cet expédient qui permet de continuer à faire de la politique sur d’autres terrains (« le sexe » et « l’argent », par exemple) que les plus dangereux (l’économique et le social) ; qui permet d’en faire d’une autre manière que celle prévue par la constitution (en se dispensant à l’occasion du vote démocratique) ; qui permet de mystifier le citoyen, tandis que le jeu politique se poursuit malgré lui, à son insu et hors de son contrôle.
Comme cela est fréquent, les États-Unis, avec leur goût prononcé pour la caricature, nous ont aidé - grâce à l’affaire Clinton-Starr-Lewinsky - à comprendre ce qui se joue aujourd’hui dans de nombreux pays derrière l’emblème de « la morale ».
En Europe, en France comme en Allemagne, nous mettons tant de subtilité et de modération dans ces choses-là que le mouvement à l’œuvre reste souvent indiscernable. Nous ne voyons que des «débats de société », qui aborderaient les rapports délicats de la morale et de la démocratie, mais nous n’établissons pas un lien clair et distinct entre ces effets régionaux. Nous n’en percevons pas la trame. Nous n’imaginons pas ce qui se profile au nom de « la morale démocratique », au nom de ces « exigences morales », toujours plus vives, qui sont celles de la démocratie contemporaine. Nous le voyons d’autant moins que le moralisme est habile à se faire passer pour « la morale », d’autant moins que l’on prend toujours soin d’émailler un vaste mensonge d’un peu de vérité, et que la confusion des genres est devenue la règle (par exemple, lorsque les motifs sérieux de blâmer M. Clinton furent noyés dans une logorrhée de mises en cause fallacieuses).
Ainsi, en France, la perplexité et la retenue prévalent-elles encore à propos d’affaires qui eussent fait un tabac de l’autre côté de l’Atlantique : qu’il s’agisse des adultères (supposés ou reconnus) des présidents de la République, de la pérennité des usages de cour au sommet de l’Etat, des pratiques de financement illicite des partis ou de la situation délicate dans laquelle se trouve le président du Conseil constitutionnel. Ce qui ne veut pas dire que ces affaires ne soient pas utilisées, bien au contraire ! Mais elles le sont sur un mode qui ne fait pas tomber si aisément le masque de leurs acteurs et rend délicate toute interprétation.
Aux États-Unis, en revanche, on ne fait jamais dans la demi-mesure. En ce sens, pourrait-on considérer M. Starr comme un bienfaiteur, sinon de la démocratie, du moins au titre de sa contribution à l’édification politique du citoyen. En effet, par ses méthodes d’une brutale efficacité, il a d’une certaine façon aidé les citoyens des « nations démocratiques » à y voir un peu plus clair !
Mais quel est donc le scénario à l’œuvre, là-bas comme ici ? Quel scénario le plus probable pour la suite des événements ?
Je fais l’hypothèse que la question de « la morale en politique » ne va cesser de croître en importance lors des années à venir. Mais cette question est plutôt une réponse, et, à tout le moins, un simulacre. De plus en plus elle servira de dérivatif et de mode de résolution des conflits politiques - de continuation de la politique par d’autres moyens. Elle ne sera plus (comme dans Antigone) ce qui trouble le politique et son ordre (des « affaires politico-financières » en France aux milices des GAL en Espagne ; de Whitewater à Monica aux États-Unis), mais ce qui lui procure une nouvelle consistance. Enfin, elle deviendra majeure.
Elle servira, pour les maîtres du pouvoir aussi bien que pour leurs opposants, de dérivatif à toutes les difficultés « sérieuses » qu’ils affronteront et qui resteront irrésolues - telles que les performances obtenues face au « fléau du chômage » ou les exigences insatisfaites de « progrès de la démocratie ». Ainsi, un parti au pouvoir, confronté à la persistance du chômage et à une situation économique déclinante, aura-t-il intérêt à focaliser l’attention sur de « grands chantiers » moraux (comme celui, interminable, de « la moralisation de la vie politique » ... ), ou, de manière plus ciblée, sur les turpitudes de ses opposants. Ainsi, les opposants, confrontés à la difficulté réciproque d’élaborer des contre-programmes de gouvernement crédibles, et voyant l’alternance menacer de leur échapper, n’hésiteront-ils pas à utiliser des armes semblables à celles du procureur Starr et des Républicains américains.
Plus loin, et l’affaire Clinton-Starr-Lewinsky en constitue la préfiguration, on peut imaginer la multiplication des manœuvres morales dont l’orchestration permettra à l’oligarchie de gérer sa concurrence en continu (sur le mode de la « permutation des cadres »). L’explosion contrôlée de ces manœuvres aura pour avantage de dispenser les oppositions (13) du respect de «l’agenda démocratique », en acculant tel Président de la République, tel Chancelier, tel (Premier) ministre ou tel gouvernement à la démission au motif de telle « affaire de mœurs » (cf. la publication du « dossier homosexuel » au Royaume-Uni en 1998).
La guerre morale deviendra ainsi un mode de fonctionnement ordinaire du politique, qui se substituera de plus en plus souvent à l’observance des règles prévues par la Constitution. Cette guerre morale sera utilisée par les oligarques comme l’un des moyens les plus efficaces de se passer de la démocratie, chaque fois que celle-ci leur paraîtra plus encombrante qu’utile. Et comme la démocratie est effectivement de plus en plus encombrante et de moins en moins utile à ceux qui gouvernent, la guerre morale sera l’une des armes préférées de l’oligarchie. Elle sera un moyen aussi pervers que sûr de faire croître et prospérer secrètement la tyrannie.


4. Conclusion :

Nous sommes donc aujourd’hui confrontés à une évolution notable qui justifie pleinement l’interrogation proposée.
En effet, la position traditionnelle de la question Morale et politique depuis Sophocle était à peu près celle-ci : D’abord, quels sont, quels peuvent et quels doivent être les rapports entretenus par morale et politique ? Ensuite, qui de l’une doit l’emporter sur l’autre, lui donner son esprit et sa forme ? Enfin, comment concilier l’une et l’autre sans que cela se fasse au détriment de chacune et de tous ?
Mais voici que l’on a maintenant affaire à quelque chose de très différent, à savoir que l’interprétation présente de la vieille problématique, son interprétation réductrice actuelle serait seulement : De l’utilisation la plus rentable de la morale en politique. Ce qui signifie que l’une et l’autre ne sont plus sur un même plan, en quête de leadership, mais que la seconde (la politique) a, disons, «instrumentalisé » la première (la morale) jusqu’au point où celle-ci lui sert de masque et de moyen pour parvenir à ses fins.
Dans Antigone comme dans la tradition philosophique, morale et politique ne cessent d’être « en compétition » : elles luttent pour inspirer le comportement individuel et collectif des hommes - elles forgent leur destin. Aujourd’hui, tout se passe comme si l’on avait basculé dans un « tout-politique » de type machiavélien, et comme si « la morale » que l’on ne cesse d’invoquer en permanence - cette caricature qui n’est que le moralisme -, n’était plus qu’un instrument de la politique permettant de continuer à en faire avec d’autres objectifs.
S’il fallait encore résumer cette évolution, je dirais : Antigone, c’est Morale ou politique ; les Lumières, c’est Morale et politique ; tandis que le contexte présent, ce serait plutôt :
« La morale » comme politique. Étant entendu que la nouveauté n’est bien sûr pas tant l’instrumentalisation de la morale - qui ne date pas d’aujourd’hui !-, que ce que nous apprend l’explosion du moralisme sur l’état actuel de la démocratie.



1) Sophocle, Antigone, trad. de Jacques Lacarrière, Editions du Félin, Paris,1994. Tous les extraits de la tragédie cités dans le présent texte sont issus de cette édition, à l’exception de la (traduction de la) traduction par Hölderlin de l’altercation de Créon (cf. note n° 3).
2) On en jugera par cet autre échange d’Antigone et de Créon :
« Créon -Alors, pourquoi réserver à l’autre des honneurs sacrilèges ?
Antigone - Qui te dit qu’Etéocle les trouve sacrilèges ?
Créon - Parce que tu honores le traître à son égal.
Antigone - Ce traître était son frère, non son esclave.
Créon - L’un défendait sa patrie, l’autre la dévastait.
Antigone - La mort exige les mêmes lois pour tous.
Créon - Les bons et les méchants n’ont pas les mêmes droits.
Antigone - Crois-tu que ces subtilités existent chez les morts ?
Créon - L’ennemi reste toujours un ennemi, même mort.
Antigone - Je ne suis pas faite pour haïr, mais pour aimer. »
3) Friedrich Hölderlin, Anmerkungen zur Antigonae, Winkler Verlag München, 1977, p. 671 :
- « Was wagtest du, ein solch Gesetz zu brechen ?
- Darum, mein Zeus berichtete mirs nicht ( ... ) »
4) in J.-J. Rousseau, Œuvres complètes, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1964, tome III, pp. 252-4.
5) N. Machiavel, Le Prince, trad. Jean Anglade, L.G.F., Paris, 1983, pp. 86-87.
6) G.W.F. Hegel, Phénoménologie de l’Esprit, trad. G. Jarczyk & P.-J. Labarrière, Gallimard, 1993, p. 422. Les traductions précédentes (pp. 417 et 418) et suivantes sont issues de la même édition.
7) G.W.F. Hegel, Phénoménologie de l’Esprit, trad. G. Jarczyk & P.-J. Labarrière, Gallimard, 1993, p. 520.
8) E. Kant, Critique de la raison pratique, trad. F. Picavet, P.U.F., Paris, 1971, p. 174.
9) Die Welt, 21/9/1998 : « Helmut Kohl est outré par le comportement à l’égard de Clinton: « La façon dont l’opinion publique suit sur Internet, avec une concupiscence hypocrite, une affaire des plus privées, est à vomir (...) Tout cela est catastrophique.»
10) « Le puritanisme américain a pénétré toutes les grandes confessions et n’a même pas épargné l’esprit des athées ( ... ). Les Etats-Unis ont deux faces : l’esprit des Lumières et le puritanisme ( ... ). La volonté de faire prévaloir la raison et les Lumières s’est avérée, et dans les banalités de tous les jours, et dans les grands moments de la politique, toujours être à la fin - l’élément le plus fort de l’esprit américain. » in: Klaus Harpprecht, « Les Puritains d’Amérique », Die Zeit, 17/9/1998, p.1 (notre traduction).
11) in Oui, Bill Clinton s’est mal conduit, par Joseph I. Lieberman (sénateur démocrate), intervention devant le Congrès américain le 4 septembre 1998, Cf. le Poros de Thalès et de Platon, pour qui expédient signifie à la fois passage, ressource et inventivité.
12) Cf. le philosophe américain Michael Walzer dans le journal The New Republic (28-09-98): « Quand nous transformons les opposants en criminels, nous ne cherchons plus à parvenir à un compromis avec eux, ni à remporter une victoire temporaire sur eux : notre objectif est de les exclure une fois pour toutes de la vie politique, de les frapper d’inéligibilité et de les mettre derrière les barreaux. » Argument repris à leur manière par les avocats du président Clinton dans leur réfutation écrite au Rapport Starr, lorsqu’ils soulignent que la procédure de destitution « n’a jamais été prévue pour permettre à un groupe politique d’évincer un président de ses fonctions pour une faute purement personnelle. »
13) Cf. le philosophe américain Michael Walzer dans le journal The New Republic (28-09-98): « Quand nous transformons les opposants en criminels, nous ne cherchons plus à parvenir à un compromis avec eux, ni à remporter une victoire temporaire sur eux : notre objectif est de les exclure une fois pour toutes de la vie politique, de les frapper d’inéligibilité et de les mettre derrière les barreaux. » Argument repris à leur manière par les avocats du président Clinton dans leur réfutation écrite au Rapport Starr, lorsqu’ils soulignent que la procédure de destitution « n’a jamais été prévue pour permettre à un groupe politique d’évincer un président de ses fonctions pour une faute purement personnelle. »
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