Ref. :  000027856
Date :  2007-09-21
Language :  French
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Compte rendu de l’intervention de François de Bernard en introduction aux Rencontres "Toulouse: l’Europe en Chemins"

(20 et 21 septembre 2007, Toulouse)

Author :  Julia Guimier


La ville de Toulouse est candidate au titre de « Capitale européenne de la culture » en 2013. Comment, et que comprendre de ce défi que la ville se lance ? Quelques repères historiques, politiques et philosophiques peuvent être utiles pour éclairer le sens et l’évolution de l’initiative européenne, et pour imaginer le projet toulousain dont la candidature sera présentée à la présélection début novembre 2007.

Introduite il y a maintenant 22 ans à l’initiative de Mélina Mercouri, Ministre de la culture grecque d’alors, l’action communautaire de « Capitale européenne de la culture », est entrée dans un nouveau cycle dont l’évolution de la construction européenne - avec son élargissement et ses nouveaux défis institutionnels, économiques et socioculturels - a marqué le début. Les attentes des institutions européennes quant aux objectifs de l’initiative ont évolué et, avec elles, les critères d’exigence dans la procédure de sélection des villes candidates.


1. Devenir « Ville - Capitale » européenne de la culture

L’utilisation par plusieurs villes lauréates d’un concept centrifuge tel que celui de « capitale », en place et en lieu du terme originel de « ville » - coutume adoptée de fait aujourd’hui par les institutions européennes - est problématique. Face à ce constat, et afin de ne pas se laisser séduire par la « centralisation » suggérée par le titre auquel elle aspire, la ville candidate doit se projeter plutôt en termes de capitale centripète qui pense ses quartiers, ses faubourgs, sa « communauté de communes », sa région, en s’inscrivant dans un réseau national et européen. La « ville – capitale » devra être une Cité (qui, comme pour les 140 villages que Clisthène a proposé de rassembler dans l’Athènes démocratique), pense son destin commun avec les villes de son territoire proche et lointain pour surmonter leurs différences sur un projet politique commun.


2. L’impératif d’une dynamique de mobilisation à partir des acteurs de terrain et des populations

La « ville – capitale » peut et doit ainsi être appréhendée comme l’emblème, le relais d’un projet politique et culturel imaginé et pensé sur le mode du partage, mettant en œuvre le désir manifesté par les institutions européennes de mettre fin à une tradition trop longue de « décision par le haut ». L’élaboration de la candidature et du programme culturel l’accompagnant doit s’effectuer à partir des acteurs de terrain, doit être inter et trans-sectoriel et incarner un projet forgé en commun aux niveaux municipal et régional.


3. L’effet multiplicateur indiscutable du « guichet » européen

Bien que les appels à projets européens soient souvent, pour beaucoup d’acteurs culturels, sociaux et académiques, synonymes de lourdeur administrative et de retard financier, ils ont une vertu commune face à laquelle les inquiétudes, doutes et découragements doivent être tempérés : celle d’offrir la possibilité de concevoir un projet qui s’inscrit dans la durée et qui, dans le cas des Capitales européennes de la culture plus qu’aucun autre « guichet » sans doute, assure à l’ensemble des acteurs et territoires engagés un effet multiplicateur considérable.

Ainsi, la faiblesse de l’apport de l’UE (1% environ) au financement du projet de la ville sélectionnée doit-elle être considérée comme très relative dès lors qu’on la rapproche de la dynamisation formidable, comme le cas de Lille 2004 l’a bien démontré, de tous les secteurs et collectivités engagés. De manière générale, en effet, toutes les Capitales européennes de la culture ont constaté un bilan très positif sur les plans économique, touristique et infrastructurel.


4. Un projet « au croisement de divers chemins »

Au fond, il s’agit de mettre en évidence qu’au moment où elle atteint les limites que nous connaissons, la construction européenne ne peut aller de l’avant sans projet culturel fort, et qu’un certain nombre de problèmes politiques, économiques et sociaux peuvent et doivent être appréhendés autrement. C’est dans cette perspective que la compréhension du projet proposé par la ville candidate doit devenir indiscutable pour les Européens. Indiscutable, non pas au sens où ce projet aurait le pouvoir comme « magique » d’être « appropriable » par chacun des Européens, mais bien dans la mesure où il parviendrait à être source d’inspiration, par l’exemplarité que la ville et sa région proposeraient dans leur approche, mais aussi leur pratique, de l’inter-culturalité et de ce que peut être effectivement une politique culturelle, notamment envisagée comme projet inter-régional.

C’est pour accéder aux exigences d’un tel défi que toute ville candidate au titre de Capitale européenne de la culture doit faire preuve d’une invention créatrice quant au contenu et au sens qu’elle donne à son projet et qui ne sauraient, en aucun cas, être une simple célébration de l’existant. Bien plus, s’engageant dans un véritable « cheminement multilatéral », la ville candidate doit pouvoir revisiter de manière innovante ce que son histoire lui a légué et ce qu’elle a accompli par le passé, et démontrer sa capacité de pré-figuration du projet qu’elle souhaite concrétiser sur les moyen et long termes.


5. Les enjeux culturels et géopolitiques européens et internationaux de la candidature

Visant à « mettre en valeur la richesse, la diversité et les traits caractéristiques communs des cultures européennes et à contribuer à améliorer la compréhension mutuelle entre citoyens européens » (1), l’objectif essentiel de l’action communautaire de la « Capitale européenne de la culture » est d’inviter les villes européennes à contribuer, à leur mesure, à construire le chemin de la paix en Europe et dans le monde. C’est un projet géopolitique visant à favoriser l’instauration d’une paix durable, qui est conforme à celui qui a toujours animé le projet européen, et qui ne peut être mené à bien ni pérennisé sans l’exercice, par tous les citoyens, de leurs droits culturels. La Communauté européenne l’a réaffirmé de manière forte en ratifiant la Convention internationale de l’Unesco sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles (2), entrée en vigueur le 18 mars 2007.

En soutenant un tel projet, conçu comme une expérimentation de l’affirmation des droits culturels au niveau municipal, régional et interrégional, la ville candidate se donne l’une des clés du succès, à savoir que quelque chose ici pourra être défendu par tous les Européens. C’est dans ce sens notamment que faire acte de candidature, c’est sans doute, non pas bâtir le projet de la Capitale européenne de la culture, mais façonner l’idée de ce que peut être une Capitale européenne de la culture. C’est proposer un concept à l’œuvre, celui d’une Capitale européenne des cultures.



Notes:

(1) Décision n° 1622/2006/CE du Parlement européen et du Conseil du 24 octobre 2006

(2) Texte de la Convention internationale de l’Unesco sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles


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