Ref. :  000025944
Date :  2006-09-29
Language :  French
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Le rôle des expressions régionales dans la promotion de la culture et de l’identité nationales au Brésil

Ce texte est un papier préparé pour les Rencontres Interrégionales
« Régions et diversité culturelle : une dynamique européenne et mondiale »
(Lyon, les 28 et 29 septembre 2006)

Author :  Sérgio Mamberti


Chers organisateurs des Rencontres Interrégionales, la Région Rhône-Alpes, le GERM et l’Observatoire des Politiques Culturelles, je suis très honoré d’être parmi vous et de participer comme intervenant, en tant que représentant du Ministère de la Culture du Brésil, à l’occasion de cet événement si spécial et devant un public si éclectique, sur le thème de la diversité culturelle et des régions.

Bonjour à tous ici présents.

Mes chers amis,

Le président Lula dans son discours d’intronisation a clairement affirmé le rôle stratégique de la culture dans la construction d’un pays socialement juste et dans notre affirmation souveraine dans le monde :

“Nous concevons la culture comme la base de notre identité, comme un espace pour la conquête pleine de la citoyenneté et comme un instrument pour avancer dans la lutte contre l’exclusion sociale, tout en reforçant notre sentiment d’auto-estime et notre capacité de créer des emplois et des devises. Dans mon gouvernement, la culture sera une des préoccupations centrales, dans toutes ses dimensions, symboliques comme économiques.”

Depuis presque quatre ans de gestion, notre principal objectif est de conférer à l’intervention gouvernementale dans le domaine de la culture, le statut et la qualité d’une politique d’État. Et ce, avec la pleine participation de la société brésilienne, afin de renforcer la culture dans ses différentes sphères :

- la sphère de la production symbolique (Identité et Diversité)
- la sphère des droits individuels et collectifs (Citoyenneté)
- la sphère de l’économie (Création de devises et d’emplois)

C’est pour cela que nous avons eu comme principale priorité la restructuration générale du Ministère de la Culture, traditionnellement dédié aux Beaux-Arts, avec l’espoir d’oser accomplir le défi d’embrasser le concept anthropologique de culture exprimé dans le programme du gouvernement du Président Lula: “L’imagination au service du Brésil”, et de le transformer enfin d’utopie en réalité. Donc, il s’agit non seulement d’embrasser ce concept plus large de la culture, mais aussi de faire en sorte que le gouvernement donne à la politique culturelle l’importance et l’intensité que la culture détient dans la vie sociale brésilienne. Dans ce contexte de transformations actuelles du Brésil, avec un gouvernement engagé à mener à bien les changements si nécessaires à la construction d’un nouveau projet de nation, la création d’un Secrétariat de l’Identité et de la Diversité Culturelle ne pouvait attendre.


En août 2003, notre réforme ministérielle ayant eu lieu, nous avons commencé à travailler non seulement sur la question conceptuelle, mais surtout sur les demandes séculaires formulées par une large partie de la société brésilienne qui n’avait pu ni s’exprimer jusqu’alors, ni jamais bénéficier de politiques publiques capables de protéger et de promouvoir ses valeurs culturelles et ses identités multiples.

Nous avions comme mission l’organisation d’un Séminaire national de la Diversité Culturelle Brésilienne à Rio de Janeiro, avec pour partenaires la Fondation Casa de Rui Barbosa et le Secrétariat des Politiques Culturelles, deux organismes rattachés au Ministère de la Culture. Ce séminaire qui a rassemblé des professeurs, des intellectuels très connus et un représentant (anthropologue) des peuples indiens, a permis la publication d’un ouvrage qui a été présenté à Rio lors d’une conférence organisée par la coordinatrice brésilienne de la Culture de l’Unesco, Jurema Machado, ainsi que dans d’autres capitales du Brésil. Cet ouvrage réunit divers points de vue quant à la signification, l’histoire, les dilemnes et les implications culturelles, politiques, économiques et juridiques de l’identité et de la diversité culturelle. Il permet aussi d’appréhender leurs importance et applications dans le contexte national.

Suite à cette première expérience, et étant donné l’amplitude et la transversalité du thème dans les actions du Ministère, un groupe de travail a été créé. Cette formation avait pour objectif de soutenir le Ministre Gilberto Gil dans l’élaboration de suggestions pour la rédaction finale du texte de la convention sur la diversité culturelle, tel qu’initialement presenté par l’Unesco sous le titre “Convention sur la promotion et la protection des contenus culturels et des expressions artistiques”. Le Brésil, qui, jusqu’en 2002 ne s’était pas clairement positionné sur l’approbation de ce texte, a alors notamment suggéré de modifier le titre de la Convention, qui est devenu : “Convention pour la promotion et la protection de la diversité des expressions culturelles”. Le Brésil a fait valoir le danger qu’il y avait à utiliser une expression qui tend à exclure de la convention les manifestations culturelles qui ne sont pas traditionnellement codifiées comme des langages artistiques, comme cela était le cas dans la proposition initiale de l’Unesco. Cette proposition a immédiatement été adoptée à l’unanimité dans le texte final approuvé à Paris en septembre 2005, à l’Assemblée générale de l’Unesco. La position ferme du Ministre Gilberto Gil a aussi attiré plusieurs adhésions à la signature de la convention, ce qui a joué un rôle decisif dans l’approbation à l’unanimité presque absolue de cette-dernière.

D’autres actions nationales sont en cours. La diffusion nationale du texte de la convention est assurée et s’accompagne d’explications minitieuses sur sa composition et son importance. La télévision nationale et internationale brésilienne (TV-Brasil) élabore actuellement un programme sur la diversité culturelle au Brésil à destination du Brésil et des pays de l’Amérique du Sud. Ce programme aura un rôle fondamental dans la coopération artistique et culturelle interrégionale. Enfin, le Brésil est partie prenante de la campagne de mobilisation pour la ratification de la Convention afin que cette dernière puisse entrer en vigueur.


Les cultures populaires, par leur variété, sont les expressions les plus riches de notre diversité et assurent la représentation de toutes les ethnies qui ont formé le peuple brésilien (les indigènes, les afro-descendants, les peuples ibériques avec leurs influences arabes) et qui sont présentes dans de multiples manifestations. L’immensité quasi-continentale du territoire, ses disparités géographiques et climatiques imposent à chaque région des caractéristiques tout à fait diverses qui déterminent des spécificités culturelles très riches. Comme le dit l’anthropologue brésilien, Ruben Oliven, quand nous reconnaissons et mettons en valeur les dimensions de la diversité culturelle brésilienne, nous faisons ressortir l’identité nationale brésilienne dans ses caractéristiques de fraternité, d’inclusion et de démocratie. Dans leur quotidien, les Brésiliens ont l’habitude de s’identifier à travers des identités régionales. Qui connait le Brésil, ne le connait qu’à travers les particularités des paulistas, des gaúchos, de ceux de Bahia, de Minas Gerais ou pernambucanos, des cariocas, de ceux de Mato Grosso ou bien encore de ceux de l’Amazonie. Leur façon de parler, leur cuisine, leurs fêtes, leurs danses et leur musique. Le Carnaval, par exemple, a le même esprit dans tout le Brésil, mais le Carnaval de Rio, de Salvador, de Pernambuco ont des caractéristiques bien à eux, et c’est ce qui fait l’originalité de ces fêtes. Pour la première fois dans l’histoire de notre pays, les cultures populaires ne sont plus considérées comme des expressions culturelles de deuxième classe.

En 2004, nous avons commencé à mettre en place des groupes de travail sur les cultures populaires dans quinze Etats différents de la Fédération, avec des représentants des institutions publiques, des métiers de la culture populaire et d’autres institutions de la societé civile. L’objectif était d’encourager le débat et la participation de l’ensemble des acteurs dans l’élaboration du premier Séminaire national de politiques publiques pour les cultures populaires, qui s’est déroulé sur trois jours à Brasília en février 2005 et a accueilli plus de 2000 personnes venant de tout le Brésil. Cette rencontre historique a donné lieu à la publication d’un ouvrage qui retrace l’expérience du séminaire, présente la Charte de Brasilia et détaille les objectifs et actions qui ont été définis pour la mise en oeuvre d’une politique nationale de valorisation, protection, circulation et diffusion des cultures populaires brésiliennes. Cet ouvrage, qui est devenu une référence nationale en matière de définition de politique publique culturelle, a été diffusé auprès des participants du séminaire, d’universités et des personnes intéressées par la dynamique. Une session d’information à destination des acteurs culturels désireux de participer au premier appel à projet pour les cultures populaires a aussi été organisé en novembre 2005.

Dans le sillage de cette première expérience, ont été organisés le 2ème Séminaire national et les 1ères Rencontres sud-américaines des cultures populaires (14-17 septembre, Brasilia). Ces deux évènements ont été élaborés à partir de workshops préparatoires auxquels ont participé, cette fois, les acteurs de l’ensemble des 27 Etats brésiliens. Cela a permis d’ouvrir cette manifestation à un public plus varié avec une large participation de la société civile. Lors de cette rencontre, le Secrétariat a annoncé la mise en place de programmes et de projets. Parmi ceux-ci, je peux citer le projet Griot dont l’objectif est d’assurer aux “vieux maîtres” le versement d’une pension à vie afin qu’ils puissent vivre décemment et se consacrer à la transmission de leurs traditions à leurs enfants et autres disciples. La continuité intergénérationelle des traditions est en effet menacée aujourd’hui et risque de se solder par des pertes irréparables, si des politiques publiques ne sont pas mises en oeuvre. Enfin, cette rencontre a été l’occasion pour des groupes brésiliens et sud-américains de se présenter grâce à des représentations inoubliables.


Nous nous sommes aussi engagés sur les questions de genre, et notamment sur ce qui a trait à la culture GLTB, revendiquée par les Gays, Lesbiennes, Bissexuels et Transgendres, travestis et transexuels. Le Secrétariat pour l’ Identité et la Diversité a contribué à l’élaboration du programme de luttre contre la violence et la discrimination envers les GLTB mis en place par le gouvernment fédéral. Les partenaires du programme “Brasil Sans Homofobie” sont le Ministère de la Santé, le Secrétariat spécial pour les Droits de l’Homme et le Ministère de l’Education. Ce programme s’est concentré sur le thème: “Construction d’une Politique de la Culture de la Paix et de la Valorisation et Promotion de la Diversité Humaine”, élément central du projet Brasil Sans Homofobie.

Dans ce cadre, un groupe de travail avec des représentants choisis par le mouvement au niveau national a été formé pour l’élaboration d’un plan de mesures incitatives et de subventions aux productions artistiques et culturelles. Cet ensemble de mesures vise à soutenir des actions luttant contre la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle.

Après deux ans et demi de travail, une charte d’actions et de principes a été établie et a permis le développement de groupes et de réseaux actifs dans la production des expressions culturelles GLTB. En 2004, le Secrétariat a soutenu trois marches de la Fierté Gay. En 2005, un premier appel à projet a été lancé. 28 marches à travers tout le Brésil ont été sélectionnées et soutenues. Cet ensemble de marches constitue la plus grande manifestation d’affirmation du droit à l’orientation sexuelle et a rassemblé plus de 5 millions de personnes. A l’occasion du nouvel appel à projet lancé en 2006, 90 dossiers de candidature ont été présentés.


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