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Date :  2002-01-17
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Iles et Mondialisation

L’intuition est une île, la pensée est un commerce avec d’autres contrées.
On serait tenté d’établir un parallèle entre ce que disait Senghor –«L’intuition est nègre et la raison hellène» –, affirmation qui a été mise à mal depuis.
Le globe, d’où vient le mot globalisation, est strié de réseaux et de fuseaux et il s’offre au regard comme quelque chose de décodé d’avance, sans obstacle notoire pour une appréhension de sa totalité. Il est vrai que nous sommes ici dans l’illusion de la transparence du discours sur le monde.


Author :  Khal Torabully


L‘île est souvent représentée comme coupée du monde. Mais sa pensée est un archipel. Car elle est mise en relation, en connexion, avec l’autre et le monde. C’est par ces propos liminaires que je démarrerai ma réflexion sur les îles et la mondialisation

Il est intéressant de rattacher ce phénomène de mise en réseau avec la «pensée archipélique» telle que l’a théorisée un penseur insulaire, Edouard Glissant, qui habite et enseigne aux Etats-Unis. Ce qui m’intéresse dans la théorie de Glissant, développée dans Introduction à la Poétique du Divers, c’est qu’elle rétablit une primauté de la parole, de l’erratique, dans la mise en relation des productions littéraires et culturelles des êtres humains amenés à se rencontrer par la force des choses dans le monde moderne et post-moderne. C’est à dire que la pensée de cet insulaire met en exergue ce qui travaille le discours de cultures dominantes, souvent continentales ou néocoloniales, pour le «miner» de l’intérieur. Vues sous cet angle, les îles actuelles sont des archipels en «voie d’achèvement». En fait, dès le moment que l’on prend langue ou discours, l’île cesse d’être repli.

Certainement, vue par l’insulaire, la mondialisation est avant tout mise en connexion, visant à créer un réseau pour des échanges, d’abord, il est vrai, de biens marchands. A la lumière de derniers événements italiens, et après les attentats à New York qui marquent une mondialisation de la douleur, et une irruption brutale du réel, elle sera amenée, me semble-t-il, à accepter à ce que les traités commerciaux soient sujets à la montée d’une parole non encore «organisée» pleinement, venant de plusieurs instances, souvent convergentes, certes, mais imprévisibles aussi. Car nul n’est dupe : la mondialisation, dans sa version ultra-libérale utilise le discours pour créer l’utopie d’une utopie, afin de mieux la vider de sa substance et en faire une courroie de transmission de valeurs marchandes.

Je pense que tout le monde a été surpris de la violence des émeutes à Seattle comme à Gênes, et il est tout à fait significatif que le jeune tué lors des guerres de rue en Italie, un jeune anarchiste, c’est à dire, de l’ordre de l’imprévisible, ait pu faire entendre la parole de la rue aux grands de ce monde. Il est intéressant aussi de noter que cette parole se prévaut d’un contre-ordre mondial et qu’une de ses conséquences ait été l’abrogation de la dette des pays les plus faibles économiquement, ce qui fissure le discours bien réglementé du commerce mondial en y faisant entendre ceux dont les voix ne sont pas prévalentes dans le réseau mis en place par les puissants. Au fond, l’enjeu actuel de cette contestation est la mise en place d’une dialectique de l’échange où la pensée archipélique, de l’ordre de l’imprévisible, proche d’une nouvelle citoyenneté mondiale, veut défendre les spécificités d’une région, d’un pays, d’un continent et fissurer les lois froides de l’échange commercial. Fondamentalement, cela signifie le retour de l’ethnique, du particulier, de l’individualisme (avec ses risques de dérives sectaires) au cœur des réseaux, comme point de rassemblement de toutes les oppositions à un «discours unificateur» de l’espèce humaine.

C’est ici que l’archipel, dans son foisonnement des différences, mises en présence, mises en réseau, est capable de fomenter de nouvelles créations basées sur les particularismes de tout genre. La «nouvelle citoyenneté» sera archipélisée, dans ce sens. Ce qui est formidable avec l’archipélisation c’est que, ces particularismes au lieu de s’opposer, se liguent entre eux pour créer une mondialisation de la non-mondialisation. En même temps, tout en étant ouverture, elle conserve un degré d’isolement, de réfraction, de mystère, je dirai, ce qui contribue au «non modélisable», ce virus de la mondialisation.

Par définition, le discours découpe, organise, vise à épuiser la réalité, et à occulter le réel qui vient toujours lui signifier les limites du langage. Le discours donne forme à la mondialisation car, avant tout, il pose un signifié organisateur de sens, guide le sens de la démarche de la planétarisation ou de globalisation, avec leurs nuances propres. En effet, le discours avant-coureur de la mondialisation est le traité de commerce. Celui-ci découpe des aires de production, de distribution, instaure des quotas d’échange… et vise à vider l’échange (nous ne parlons pas de rencontre) de l’imprévisible. Tout ici n’est que quotas, prix, données de tout un arsenal commercial, auquel se plie souvent le politique, pour que les sens chaotiques souvent liés à la mise en réseau, à la connexion avec autrui, ne vienne pas gêner la mécanique du profit réglé par une monnaie forte et son pendant, une langue de commerce international, vidé elle aussi, de plus en plus, de ses sens, de ses nuances, pour n’être qu’un appendice du tout-signifié commercial.

L’île, dans ses prises de parole les plus marquantes (je pense à Derek Walcott, Caryl Philips, Edouard Glissant…) bat en brèche le discours de grands centres continentaux, vivant en marge de centres décisionnaires du nouvel ordre mondial. C’est l’acte suprême de se présence au monde, de son identité. L’île, par son penchant intuitif résultant de sa relation avec le monde et les êtres, est un habitacle de la parole, celle qui vicie le discours, et le vivifie aussi.

Dans la pensée archipélique, ce qui est à l’œuvre, c’est la surprise même de la rencontre, de la mise en relation. Il n’y a pas de Sens qui appauvrit ou organise la mise en contact de deux réalités, de deux espaces, même si une batterie d’experts et de technocrates insulaires relaient le réseau chez eux. L’accent est mis ici sur le processus même de la relation, avec des formes et des co-créations inimaginables. La parole est à l’œuvre ici, en ce qu’elle a de non maîtrisable et de plus riche dans la mise en connexion. Il est vrai que ce paradigme compte moins dans l’échange commercial réglementé, monétarisé, pour occulter autant que possible l’imprévisible. Mais il est opérant quand, me semble-t-il, le mercantile se fissure sous la poussée de fièvre des consommateurs et producteurs qui prône une citoyenneté mondiale en opposition avec le commerce organisé par les puissances dont le danger premier est la standardisation des goûts et des habitudes. C’est dire qu’ici pointe un militantisme de l’«irraisonné», de la variété de produits, de l’intuitif comme gage d’une individualité qui résiste au danger de l’homogénéisation de l’humain, vidé de plus en plus de son identité, devenant chaque jour une carte génétique, un génome...

Ce type de perception me semble être l’apanage de l’insulaire, cette dualité qui s’apparente souvent au retour du complexe de Caliban (personnage de Shakespeare, La Tempête), de l’être irrationnel qui est devenu la métaphore de l’insulaire. Irrationnel ? Pas tellement lorsque l’on sait que l’insulaire, l’homme de couleur que représente Caliban, vise à s’affranchir de velléités de domination de puissances européennes, et par extension, de l’hégémonie américaine.

L’insulaire tisse sa pensée de l’autre dans le tâtonnement, dans la mise en relation, ce qui est par définition non modélisable. Par un curieux retour des choses, il me semble que l’intuition de Caliban serait devenue un des blasons salutaires que l’on brandit à la face de la mondialisation réductrice des authenticités humaines et de tout ce qui le fonde. La relation de l’île à la mondialisation ne pourra faire l’économie de la résurrection de Caliban, qui meurt à la fin de la pièce de Shakespeare.

La poétique de l’insulaire, dans l’idéal, garde donc le frisson de la relation et la surprise de la connexion.

Si la mondialisation évacue cette dimension de la parole, cette vision poétique de la rencontre, c'est qu’elle est une vaste opération douanière et commerciale qui profitera avant tout à celui qui crée les conditions de la mise en connexion de la circulation de biens, et accessoirement, des idées et des éléments de culture. L’échange de la mondialisation, en un mot, est celui de la réglementation, et non celui de l’échange-chaos (oxymore qui préfigure un type de relation post-moderne basée sur la complexité de la réalité à appréhender comme telle et de l’impossibilité à réduire la rencontre aux simples opérations de pertes et profits), seul susceptible de conserver le goût de beefsteak de Bové à côté du kidney pie du paysan irlandais, du colombo antillais ou du briani mauricien.

Je m’arrête ici au phénomène Bové. Serait-il un nouvel Ariel, ou un anti-Ariel dans le sens où il crée un mouvement, voire une énergie «sauvage» comme l’ont montré ses derniers assauts contre les champs de maïs OGM en France, qui irait à l’encontre de l’agenda des «mondialisateurs» ?

Sa première action d’éclat est de faire «exploser» un symbole du Mac-Monde, bien choisi, car il est le référent absolu de la standardisation. Il a touché le «Sens pétrifié». Il l’a remis en circulation dans la dynamique du goût de chacun, du droit de chacun à préserver l’authenticité de son goût, et par extension de son désir d’un autre monde.

De plus, je pense qu’il a compris une chose essentielle : il a utilisé un outil sensé précipiter les échanges, l’Internet, non à des fins de construction d’un ordre mondial, mais, si ses objectifs sont bien ce que je perçois, d’un contre-ordre mondial. Il y a eu détournement de l’outil, car il me semble que la soudaineté des réseaux constitués de paysans indiens, américains etc., à Seattle ou à Gênes est une circulation des idées-chaos sur le réseau Internet, créant du coup une citoyenneté basée sur la surprise et la défense du terroir (signifiant premier ici de la résistance au commerce mondialisé qui vise à une standardisation). Faire sauter un Mac Donald’s c’est viser le signifié symbolique d’un langage dont le code évacue le réel de la rencontre humaine. Le goût du terroir, signifié inverse du commerce niveleur, rétablit un équilibre : à la standardisation on oppose le divers, le poétique, le chaos voire même le nihilisme, forçant le discours de la mondialisation à s’ouvrir à la parole, à son côté imprédictible, au steak non calibré, pesé, servi avec la même sauce. Il est tout aussi significatif que la chaîne américaine a varié sa carte en y incluant des recettes authentiques du terroir, autre face perverse d’une mondialisation qui utilise le cheval de Troie pour être parmi nous… Le Mac-Monde progresse en se parant de l’opacité qu’il cherche en vain à occulter…

Au mois de juin, l’île Maurice est devenue le 120ème pays accueillant la célèbre enseigne yankee et la foule était au rendez-vous le jour de l’inauguration, et cela quelques mois après la visite de Bové à Maurice. José Bové, pour revenir à lui, a fait le voyage mauricien, autre preuve s’il en est, que les enjeux sont mondialisés et qu’aucune île ne saurait se mettre à l’écart de la mise en connexion mondiale. Bové a mis en garde les mauriciens contre la canne à sucre transgénique que le laboratoire de recherches du pays a mis à l’étude depuis quelque temps et dont les premiers résultats sont encourageants. Le héraut de la contre-mondialisation a touché ici un symbole essentiel des échanges de Maurice avec l’extérieur et un des fondements de son histoire : le sucre, sans lequel Maurice n’aurait pas été raccrochée aussi fortement à la colonisation. La mondialisation poursuit la logique de la division du travail international, et aujourd’hui, dans l’île, la bataille des consciences a commencé sur le terrain de la manipulation génétique...

A l’heure actuelle, l’île de la mondialisation, pour une efficacité économique, pousse à une mise en connexion des îles. Elle crée l’utopie de sa propre supranationalité (mot détestable dans la bouche du Général de Gaulle) qui est, dans sa première déclinaison, un rassemblement des îles par la taille, la fragilité géographique, la situation économique, les droits maritimes face aux grands centres de décisions. L’an dernier, l’ONU a reconnu que les îles n’avaient pas à payer les pots cassés de la pollution d’autres pays, essentiellement continentaux, et les îles ont mis en commun leurs forces pour obtenir l’idée des compensations financières et des lois pour les protéger… Est-ce le reflet d’une mode ou d’une nécessité que ce type de regroupement, ce besoin de mettre en commun ses spécificités pour s’internationaliser et revendiquer en même temps sa propre identité insulaire ? Ces démarches aboutiront-elles à une internationale des cultures se sentant menacées face à un ordre mondial, semblables en d’autres domaines, par exemple, au Salon du Livre insulaire, organisé chaque année à Ouessant, aux flancs de la France continentale pour célébrer la littérature insulaire ? Et cet ancrage dans la création ne pourra qu’être plus fort avec l’internationalisation des échanges. Si la Commission de l’Océan Indien développe un désir de mise en relation entre les îles en s’ouvrant en même temps par l’Indian Ocean Rim aux pays riverains de l’Océan Indien, elle ne semble qu’un reflet pragmatique d’une vision poétique dessinée par Camille de Rauville quand il revendiquait l’indienocéanisme comme espace de mise en commun des imaginaires des îles, préliminaire culturel et humain, l'essentiel devant mener aux rapprochements douaniers et économiques de ces pays.

Mais qu’est l’île sans sa «matrice», le continent ?

Le continent a souvent ou toujours crée un flux d’échanges de type unilatéral, voire monosémique, avec l’île, car par la force de l’histoire, c’est le continent qui découvre l’île. C’est-à-dire, lui impose son discours. L’île est vassale du continent. Certains, comme pour vaincre ce charme, ont affirmé que l’île est l’âme-soeur du continent, son double ou son prolongement, en quelque sorte. Je dirai qu’elle se calque sur ses courants, ses pensées et ses modes, vivant à la périphérie et en intégrant la notion d’un centre de civilisation, de décision et d’innovation technologique.

Jean Benoist avait une formule pour les îles de l’Océan Indien. Il les appelait «l’archipel inachevé», pour dire que les îles créoles des Mascareignes et celles des Antilles n’avaient pas de continuité entre elles, en dépit d’une langue commune. Mais déjà, dans ces termes pointent un désir de mettre les îles en relation, de connecter leurs passés, leurs pensées et leurs avenirs, tout en leur garantissant une certaine spécificité ou un degré de connexion protégée entre elles.

Je constate que l’archipel est heureusement demeuré incomplet à ce jour pour les îles des Mascareignes, et cela en dépit de tentatives de rassemblement par la langue créole dont le festival est organisé annuellement aux Seychelles, ou par des tentatives de publication d’auteurs de la région par des éditeurs réunionnais soutenus par les institutionnels. Au-delà de ces frottements littéraires, ou d’échanges, ou des joint-ventures réussis, il demeure chez l’insulaire, dans son subconscient profond, ce sentiment d’être encore coupé du monde, mondialisé ou pas, avec Internet ou pas, même si certains repères s’estompent déjà.

J’en donne pour preuve ce désir ou cette croyance profonde qu’il suffit de ne pas montrer ce qu’il y a à l’intérieur de l’île pour que l’extérieur ignore tout. En effet, en 1999, l’île Maurice avait été secouée par des émeutes à la suite de la mort du chanteur emblématique Kaya. La station de télévision locale, la MBC avait alors choisi, dans «un souci de ne pas verser de l’huile sur le feu», de ne pas montrer les images de la tourmente. Mais, au nom du devoir d’information, RFO-Réunion, de l’île-sœur, venait filmer les troubles à Maurice et les images franchissaient allégrement les lagons et étaient captées par les foyers mauriciens munis d’une parabole. Mais pour les dirigeants de la télévision d’alors, ne pas montrer les images revenait à fermer les portes de l’île sur elle-même. A opérer la déconnexion archipélique et par extension, globale, vue illusoire s’il en est...

Cependant, un mouvement contraire aussi est à l'œuvre. C’est Internet qui petit à petit fait sauter des verrous d’une censure diffuse issue de la «douce isolation». Qu’on le veuille ou non, le village global que nous voulons rejeter existe déjà bel et bien par le biais des réseaux cathodiques ou les fibres optiques de l’information. Maurice saisit et traite des textes de la presse française chaque jour. Elle travaille déjà dans la «délocalisation», et dans une des conjugaisons de la mondialisation, le virtuel. Mais, somme toute, cela n’est pas une nouveauté.

L’île Maurice avait déjà fait ses classes de la mondialisation par l’économie.

Le pouvoir en place à Maurice a longtemps négocié avec la Banque Mondiale (pour laquelle elle fut longtemps «la meilleure élève») pour l’internationalisation de son économie dont la zone franche, qui a connu de fulgurants succès, a été le fer de lance. Maurice était entrée il y a une quinzaine d’années dans le concert des grands producteurs de bonneterie et de lainerie. Le PNB a plus que triplé, et le consumérisme et la monétarisation de l’économie ont créé un énorme bouleversement dans la vie insulaire, qui a connu un rythme de consommation et de production jusque-là inconnu. Avec pour corrélats un sentiment de stress généralisé, des pressions sur l’environnement et une plus grande violence sociale. L’insulaire dit alors qu’en étant loin de grands circuits de diffusion de biens, et ne disposant d’aucune matière première, avec une densité démographique parmi les plus élevée du monde, il n’a aucune autre alternative que de se joindre à la taylorisation internationale, en offrant sa main-d’œuvre experte et abordable (même si la compétition avec Madagascar ou d’autres Etats est inévitable) aux capitaux à la recherche d’unités de production aux coûts défiant toute concurrence. A cela s’ajoute que les transnationales peuvent aussi profiter des accords préférentiels de l’île avec les anciennes «puissances amies» du continent européen. Quant à La Réunion, son statut territorial lui a donné de fait un rapport particulier avec la métropole, et par extension avec l’Union Européenne, dont elle est partie prenante. Les Seychelles, avec une population moindre a su garder, grâce à la mise en valeur de ses paysages magnifiques et à la préservation de ceux-ci dans la politique de tourisme sélectif de l’archipel, une insularité plus marquée dans l’Océan Indien. Il en va de même pour Madagascar, dont la récente décolonisation ayant entraîné des centaines de milliers de morts puis une politique de socialisme maoïste réfractaire, a développé une méfiance vis-à-vis de l’étranger. La Grande Ile reste un pays insulaire, encore relativement à l’écart de la mondialisation. Elle accueille les délocalisations des industriels et capitalistes mauriciens et d’autres nationalités, mais en même temps demeure farouchement opposée à ce raccrochage mondialiste.

L’île retire souvent beaucoup de fierté en se comparant avec ceux du continent tout proche, le continent africain. Depuis longtemps le tout premier pays en Afrique pour le développement et le niveau de vie, dépassée l’an dernier par un autre dragon, la Tunisie, l’île Maurice occupe maintenant le deuxième rang sur le continent africain auquel il est rattaché politiquement. Est-ce le début ici d’une remise en perspective de son positionnement et de sa propre perception avec l’ailleurs ? En tout cas, coexistent deux notions fortes : celle d’être un insulaire et malgré tout ce qu’on dit, par la géographie au point de se sentir coupés des «grands dangers» du monde, et en même temps, ce sentiment d’être happé, économiquement, et par ricochet, socialement, à un modèle du monde qui tout en donnant le rêve du consumérisme, plonge l’île dans le chaudron des grands enjeux stratégiques du monde.

Je m’en voudrais de laisser de côté les autres îles des Caraïbes. Il m’importe de dire qu’elles ont des voix respectées, fortes et originales, allant de V.S. Naipaul à Edouard Glissant, dans la pensée contemporaine, concernant l’observation et le description de sociétés humaines, sur le métissage, les courants d’idées, et dont les créolisations me semblent être un contre-discours du nouvel ordre mondial. Les insulaires sont, par leur positionnement dans la pensée, dans l’Histoire, les correcteurs du monosémisme, car leur prise de parole se doit à un moment ou un autre de se définir vis-à-vis du langage et d’une idéologie ambiante qui est fermement rattachée à une mise en perspective avec les centres raisonnants des continents. Creusets de la variété, des différences, discours que l’on prenait pour subversif il y a peu de temps, discours repris par toutes les minorités (y compris certaines puissances tutélaires mises à mal par le géant américain), où les particularismes font partie d’un étendard («l’exception française») elle-même devenue un des fers de lance de toutes les exceptions.

Avec la mondialisation, le continent avide de protéger ses saveurs, se découvre-t-il enfin l’âme sœur de l’île ?



(Le présent article a également donné lieu à une synthèse, que vous trouverez dans le Dictionnaire critique à l'entrée suivante : Iles)


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