Ref. :  000002218
Date :  2001-11-01
Language :  French
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Le GERM : un laboratoire de la diversité culturelle pour comprendre «la globalisation» et les mondialisations


« La mondialisation » ne saurait être conçue comme une catastrophe climatique ou une manne divine. Et ceux qui la présentent comme « un fait » désignent seulement par là qu'ils entendent imposer une certaine conception exclusive, une certaine pratique privative de la mondialisation et qu’ils ne souhaitent surtout pas que le citoyen s’en mêle. Il devient ainsi impératif de sortir de cette pratique privative (dont les finalités apparaissent surtout économiques et politiques) pour refaire de la mondialisation ce qu’elle est : un objet multiforme, complexe, évolutif, instable, irréductible à « un fait », et contraignant à une véritable démarche de pensée pour être enfin saisi en sa vérité, sous ses différentes espèces. Le fer de lance de cette mondialisation, c’est donc la diversité, sans laquelle elle serait dénuée de sens, et qui seule peut la porter en avant de manière acceptable pour l’Humanité.
C’est depuis ce point de vue et avec cette perspective que le Groupe d’Etudes et de Recherches sur les Mondialisations (GERM) s’est donné pour objectif principal de faire progresser la recherche pluridisciplinaire sur les mondialisations, mais aussi l’éducation et la formation de tous les citoyens, afin de développer leur appropriation critique des phénomènes concernés et leur prise en compte dans les différentes activités professionnelles, intellectuelles, pédagogiques et artistiques.
Le GERM s’est ainsi donné pour mission, en partenariat avec le programme Leonardo da Vinci de l’Union Européenne, de développer en Europe un programme de « formation à la prise en compte des mondialisations », reposant sur des méthodologies et des contenus innovants, en s'appuyant sur l'expertise et les compétences scientifiques exceptionnels de son réseau transnational de partenaires universitaires et institutionnels.

I. Une mise en perspective de « la mondialisation ».

Il devient urgent de briser ce prisme réducteur par lequel « la mondialisation » apparaît comme un phénomène exceptionnel, inédit, sans équivalent historique, qui serait né au début des années 1990 avec l’extension des « Nouvelles Technologie de l’Information et de la Communication » et qui serait appelé à configurer un monde entièrement « nouveau » justifiant ainsi l’usage de l’article défini (comme si cette mondialisation-là était première…). Au contraire, il s’agit de revisiter la riche tradition philosophique des idées du monde, depuis les cosmogonies antiques jusqu’aux tentatives contemporaines de penser le monde, en passant par les apports considérables de ces modernes que l’on a nommés « Les Lumières ». On saisira ainsi que « la mondialisation » est une préoccupation depuis aussi longtemps qu’il y a pensée de la nature (sujet des premiers écrits présocratiques) et du politique. De même, une relecture attentive de l’Histoire permettra de situer « la mondialisation » actuelle dans un long sillage qui a déjà connu (liste non exclusive) : les mondialisations grecque, puis romaine ; la mondialisation hispano-portugaise des 16-17ème Siècles ; la mondialisation anglo-néerlandaise du 18ème Siècle ; la tentative de mondialisation napoléonienne, ou encore la mondialisation du dernier quart du 19ème siècle.

Cette mise en perspective historique devrait avoir pour premier effet de restreindre la diffusion du concept polémique de « la mondialisation » et d’introduire dans le débat actuel celui des mondialisations. Les mondialisations, ce sont une multiplicité de processus en cours, touchant à des domaines très variés, aux liaisons et aux caractéristiques intrinsèquement complexes, à des « degrés » d’avancement différents, dont le « sens commun » s’il en est un, n’est encore que faiblement accessible, et qui réclament le travail du doute cartésien et celui du soupçon nietzschéen plutôt que des certitudes et de l’idéologie.

En effet, « la mondialisation » présentée au singulier, mise en scène et orchestrée par nombre de « leaders d’opinion », se révèle une machine idéologique dont la propagation volontaire sert à cautionner ou à dénoncer une vision simpliste et très « orientée » du mouvement du monde actuel : pour les uns vision positive, voire apologétique (les bienfaits de la mondialisation) ; pour les autres, vision noire et apocalyptique (les méfaits de la même mondialisation).
Le simplisme qui a fait du débat actuel une peau de chagrin dont le sujet toujours plus confus est « la mondialisation » a aussi provoqué dans sa foulée la formation d’une morale binaire appauvrissante. Pour cette morale, forgée en commun par ceux que l’on nomme « partisans » et « adversaires de la mondialisation », il ne serait question que de savoir si celle-ci est « bonne » ou « mauvaise »(toujours selon le présupposé non démontré qu’elle est connue). Parfois, guidé par le souci apparent d’introduire une nuance dans cette opposition, va-t-on jusqu’à suggérer de distinguer « la bonne de la mauvaise mondialisation », mais les catégories utilisées restent les mêmes. La diffusion universelle d’une morale aussi sommaire devrait être l’objet d’une véritable critique, car on n’a pas encore pris la mesure de son caractère dévastateur en particulier pour le moral des citoyens et cet éloignement du politique qui leur est reproché.

Comment échapper au simplisme de « la mondialisation » ? D’abord, en s’intéressant aux mondialisations dans leur diversité, qui ne peuvent nullement être réduites à un motif de guerre. Car, comment pourrait-on être « pour » ou « contre les mondialisations » du droit, de la recherche scientifique, des pratiques démocratiques ? On voit bien que cette posture n’aurait pas de sens : la complexité, la richesse de sens que génère ce concept des mondialisations contraignent, en effet, à la réflexion et évacuent le moralisme de la scène. Ce qui importe est ainsi, non plus de se prononcer à tout prix sur « la mondialisation », mais d’étudier dans leur pluralité et de manière plurielle (par exemple du point de vue de disciplines telles que l’histoire, l’anthropologie, la philosophie, la sociologie, l’ethnologie) les processus de mondialisation à l’œuvre dans à peu près tous les domaines : depuis les industries culturelles jusqu’aux luttes environnementales, et des usages vestimentaires jusqu’à la mise en procès des crimes contre l’humanité.
Peu de sujets de société dans l’histoire contemporaine ont généré autant de fantasmes négatifs et positifs que « la mondialisation ». Il n’est que grand temps de descendre de ce royaume des rêves pour revenir à celui de la politique celle qui fait la Cité, celle dont l’objet est le gouvernement le meilleur pour tous. C’est seulement par une telle investigation critique que l’on sortira de l’impasse actuelle et que l’on parviendra à formuler un jugement « extra-moral » (pour reprendre une catégorie nietzschéenne) sur ce qui est l’objet d’une polémique quotidienne.

Il faut aussi éviter de réduire « la mondialisation » à sa pure dimension communicationnelle évidente, trop évidente. « Mondialisation », cela ne peut pas être seulement de la communication toujours plus aisée et rapide, avec l’autre bout du monde et cette « mondialisation technologique » ne fabrique pas de la civilisation… En revanche, prêter attention à cette distinction permet effectivement de rejoindre l’idée de civilisation : celle d’une mondialisation qui serait civile, parce qu’elle serait précisément autre chose que de la communication et du commerce facilités entre les hommes. De même, si les techniques qui ont contribué depuis quelques années à faire exploser la circulation des informations ne peuvent être considérées comme productrices par elles-mêmes d’une nouvelle civilisation, elles peuvent être mises au service d’un tel projet mais un projet auquel il reste à donner forme et sens.

Je n’en vois pas d’autre, pour ma part, que cette démarche collective qui resituerait de manière volontaire et rationnelle (non plus émotionnelle) la question de la mondialisation dans le champ du partage et non plus de la domination. Situer la mondialisation dans le champ du partage, cela ne veut pas dire manifester un angélisme naïf pour les vertus bénéfiques qu’auraient a priori (encore une fois) les processus en cours sous nos yeux. Cela veut simplement dire que s’il est clair pour chacun que ce dont on parle engage bien le destin de toute la collectivité, on ne peut en rester à une forme triviale de conflit à son propos. Que, d’autre part, cette « chose » manifeste par un grand nombre de signes qu’elle peut effectivement être de manière croissante un objet de partage susceptible aussi de faire progresser la Cité commune. On ne peut être ainsi que troublé par le fait que la mondialisation récente des événements de « politique intérieure » en Yougoslavie semble avoir largement contribué à faire évoluer la situation dans le sens que l’on connaît. On ne peut qu’être impressionné par les efforts déployés sur un mode et avec des moyens nouveaux dans toutes les régions du monde pour interrompre ou contenir les guerres civiles, religieuses, ethniques, et, surtout, pour leur trouver, sur la base de contributions internationales, des solutions (et un « accompagnement ») de fond élaborées sur le long terme. On ne peut être que sensible à la multiplication des initiatives transcontinentales de rapprochement et de coopération (même hors tout contexte politique) dans les domaines pédagogiques, scientifiques et universitaires.
Or tous ces processus de mondialisation aux conséquences essentielles est aussi précisément de l’ordre du partage, sans être réductible à une idéologie, à un clan, à des intérêts privatifs, voire exclusifs. C’est donc en s’inspirant de telles percées contemporaines, en les réfléchissant et non pas en les prenant comme de simples « faits », que l’on pourrait, en lui accordant une valeur tout à fait différente, réorienter « la loi du plus fort de la mondialisation » vers ce qui pourrait reprendre le sens d’un intérêt général. Quelque chose qui n’est pas donné d’emblée, mais dont on peut observer de multiples traces et qui ne semble pas dépourvu de quelques chances de triompher à la fin, pour donner raison posthume à l’idée cosmopolitique kantienne. Il faut peut-être, enfin, que « la mondialisation » cesse d’être une chose évidente – trop évidente pour quelques-uns, afin de redevenir une question : la question d’un avenir commun à bâtir et à partager.

II. Culture, éducation, globalisation et mondialisations.

Ces convictions posées, il est devenu essentiel de redéfinir les rapports délicats entretenus par globalisation, mondialisations, éducation et culture – ce, afin d’éclairer la question centrale de la « diversité culturelle ».

Quel que soit le sentiment que l’on porte sur elle, « la globalisation », c’est d’abord et avant tout la loi de l’économie qui s’impose (ou tente de s’imposer) à toutes les autres activités, sans distinction de frontières, de nature et de « qualité ». C’est la consécration du primat de l’économique un primat absolu, sans partage, et qui ne se conçoit, du point de vue de l’économie, que sous la forme d’une domination, que celle-ci prenne une figure « aimable » ou brutale. En ce sens, il me paraît inutile d’entretenir la moindre illusion sur le fait que ce processus puisse contribuer, sans contrainte extérieure, à préserver, encourager et développer la diversité que cette diversité soit sociale, éducative ou culturelle. En fait, l’économie globalisante n’a à proposer qu’un modèle à la culture et à l’éducation : celui de leur industrialisation, dont les principes et les modes de fonctionnement sont comparables, sinon identiques, quels que soient les secteurs concernés (l’université, l’enseignement professionnel, le cinéma, les musées, le livre, les spectacles vivants, la musique, etc.). Cette économie n’a à proposer à la culture et à l’éducation que ce qu’elle nomme « bonne gestion », et qui n’est en réalité que la bonne gestion des intérêts qu’elle défend la gestion « optimisée » (d’un point de vue quantitatif et financier) des investissements dont elle assume la charge, « en bon père de famille », en chef de cet oikos qu’est redevenu « le globe » , dont tout dépend, auquel tout doit revenir et dont la loi est oikonomia.

Plus loin, on est fondé à s’interroger sur la nature même de cette « contribution » de la globalisation : sur le fait de savoir si un « produit » industrialisé à l’échelle globale (méthode pédagogique, livre scolaire, film, disque…) peut, en quelque façon, être encore nommé « culturel » ou « éducatif ». S’il ne faut pas aller jusqu’à déqualifier, puis requalifier ces « produits culturels » qui ont envahi notre quotidien (avec tous leurs « produits dérivés », y compris alimentaires) en quelque chose d’autre qui n’a plus de lien avec « la culture ». Quelque chose qui n’est, pour jouer une nouvelle fois avec Clausewitz, que la continuation des rapports économiques par d’autres arguments de vente et sur d’autres supports (la distribution de « contenus » éducatifs, cinématographiques, télévisuels ou Internet, plutôt que la distribution d’eau ou le traitement des déchets, comme l’illustre la transformation de tel groupe industriel européen).

Je crois que c’est précisément en ce sens que l’on peut parler de « globalisation » dans le champ de la culture et de l’éducation, un mouvement d’un impressionnant dynamisme capitalistique qui concerne l’ensemble des activités éditoriales (de l’écrit à l’image et au son), qui est porteur d’une « croissance sectorielle » apparente, mais qui se caractérise aussi clairement par une réduction de la diversité :
(i) diversité des acteurs des marchés concernés, avec la disparition accélérée des producteurs, éditeurs et diffuseurs « indépendants »;
(ii) diversité des œuvres ou « produits » effectivement disponibles pour les consommateurs du « grand public » (car si la production des indépendants reste vivace, elle a de plus en plus de mal à trouver sa place dans des canaux de distribution monopolisés par les majors), aussi bien que pour les enseignants à la recherche de « nouveaux supports pédagogiques » ; et, bien sûr,
(iii) diversité de la création, puisque les talents se voient confrontés à une règle mathématico-financière qui dresse une barrière de plus en plus haute devant leurs légitimes ambitions de production et de diffusion.
Par ailleurs, on peut repérer dans le même vaste champ de « la culture », un autre processus, que l’on peut nommer de manière spécifique « mondialisation » (et non plus « globalisation »), qui concerne d’autres espaces et acteurs, processus pour partie bien antérieur au mouvement de globalisation des industries culturelles, et pour une autre partie (celle qui est dépendante des nouvelles technologies), simultanée. Ce processus concerne, d’un côté, ces acteurs des industries culturelles désormais marginaux que sont précisément « les indépendants », et, d’un autre côté, les acteurs publics et privés, institutionnels ou artisanaux, des secteurs non-industriels de la culture et de l’éducation.

Et, bien sûr, les caractéristiques de cette « mondialisation culturelle et éducative» sont très différentes de celles de la globalisation précédemment évoquée, à savoir :
(i) une redécouverte et une promotion des patrimoines culturels internationaux (musicaux, théâtraux, littéraires, plastiques, etc.) les plus éloignés (géographiquement ou autrement), les plus méconnus (instruments oubliés, répertoires poétiques), les plus méprisés (cirque, arts de la rue), les plus dissimulés (formes de résistance aux pouvoirs dominants) et qui, de par cette « mondialisation » mise en acte par des acteurs culturels non-industriels, deviennent accessibles à des publics qui ne les rencontraient jamais.
(ii) un effort permanent, porté par de nombreux acteurs publics et privés pour imposer la diversité des formes artistiques et pédagogique, tant sur le plan de l’encouragement à la création et à la diffusion, que sur celui de la production et de l’édition elles-mêmes, activités qui voient sans cesse se renouveler un vivier de « défricheurs », en dépit de conditions économiques souvent difficiles de leur travail au quotidien ; et, en particulier :
(iii) une quête croissante par ces acteurs non-industriels d’œuvres étrangères à produire, à éditer et à diffuser, le cas échéant de manière consortiale, et aussi périlleuse que soit l’économie financière des projets concernés.
Cette mondialisation, qui recouvre aussi bien la coproduction de films sud-américains, asiatiques, africains avec des indépendants européens, que le travail multilatéral de petits « labels » de musique dans les Caraïbes ou en Afrique centrale, les coéditions internationales de livres d’art à la rentabilité improbable ou le maintien d’une édition scolaire indépendante de qualité offrant des ouvrages échappant à la mondialisation industrielle, se distingue bien sûr de la globalisation industrielle par des critères qui n’obéissent pas à la même hiérarchie. Pour la globalisation industrielle, c’est la profitabilité immédiate et la capitalisation envisageable (« l’effet de portefeuille ») qui sont dominantes et mêmes exclusives ou, en tout cas : discriminantes. Pour la mondialisation non-industrielle, c’est la qualité intrinsèque des œuvres produites et diffusées qui est le critère dominant, avec ses corollaires que sont, d’un côté, la diversité des traditions, des thèmes et des genres, et, d’un autre côté, l’apport au patrimoine collectif et de l’éducation de tous les citoyens que représente leur diffusion.

Pour autant, malgré ces signes de « résistance », force est de constater que « la diversité culturelle » reste encore largement un vœu politique, sinon un slogan, qui recouvre beaucoup de contradictions entre ses porteurs et ne paraît ni assez « fondé en raison », ni suffisamment clair pour les citoyens censés l’approuver et y contribuer.

III. Le GERM : une mise à l’épreuve et une expérimentation de la « diversité culturelle » au sein des mondialisations.

Fort des convictions précédentes, le GERM, avec l’appui et la participation de son réseau international, aujourd’hui présent dans une cinquantaine de pays a conçu le projet de mettre en place un programme de recherches et de formation sur la « diversité culturelle », susceptible de contribuer positivement au débat national, européen et multilatéral que l’on peut résumer ainsi : « Penser la diversité culturelle face aux mondialisations, et se doter d’outils nouveaux pour la comprendre et la promouvoir ».

Afin de désigner concrètement le sens d’un tel processus, valide de manière aussi bien interne qu’externe, le GERM a ainsi mis en œuvre début 2001 un « Dictionnaire critique de la mondialisation » qui, à propos de l’objet même de « mondialisations » – répondant dans sa pluralité à la singularité de « la globalisation » – se veut une expérimentation de ce que la diversité culturelle peut signifier comme expérience critique du « monde », de la lecture de ses mutations en cours et de sa « réappropriation » par chaque citoyen de ce monde.

A ces fins, le GERM s’appuie sur la spécificité et la diversité des savoirs développés sur les mondialisations par ses principaux partenaires scientifiques et culturels :

Freie Universität de Berlin. Le Interdisziplinärisches Zentrum für historische Anthropologie de la Freie Universität, dans le cadre du GERM, a pour rôle de concevoir et de superviser des actions de recherche et/ou de formation dans les domaines suivants : (a) Nouveaux modes de communication, d’échange et d’information dans « la mondialisation » ; (b) Mutation des pratiques et des rites institutionnels, sociaux, culturels et politiques ; ainsi que tous les travaux liés au domaine « Anthropologie et Mondialisation(s) ».

Université Paris 8-Saint-Denis (France). Les Départements de Philosophie et d’Economie, ainsi que son Collège de la Recherche (structure interdisciplinaire) ont réalisé et piloté depuis plusieurs années de nombreux travaux. Ils assurent en liaison étroite avec le GERM : (a) une partie de la supervision scientifique de ses projets (élaboration, suivi et contrôle des programmes de formation et de recherche) et également (b) une partie de la coordination des partenaires européens du réseau dans les domaines de la formation et de la recherche.

Consejo Superior de Investigaciones Cientificas (Espagne). Le CSIC de Madrid dispose d’une expertise exceptionnelle en Europe dans le domaine des politiques éducatives, des systèmes éducatifs et de formation, et de tous les supports qui leur sont associés (les encyclopédies et les produits multimédia, par exemple). L’un de ses rôles spécifiques sera de superviser la conception des méthodologies et de réfléchir à la diffusion des contenus scientifiques et pédagogiques conçus par le GERM.

Université d’Islande (Islande). L’Université d’Islande à Reykjavik a pour rôle spécifique au sein du GERM de concevoir et superviser les actions de recherche et de formation dans les domaines suivants : (a) Devenir des collectivités et des espaces urbains et ruraux dans « la mondialisation » ; (b) Devenir des nations, des Etats et de l’Union Européenne ; (c) Mondialisation, démocratie et droits de l’homme et du citoyen.

L’Etablissement Public du Parc et de la Grande Halle de La Villette (Paris). Le partenariat de La Villette avec le GERM se concrétise par la mise en place d’un laboratoire « Cultures et Mondialisations » se donnant pour objets : (a) l’évaluation de l’incidence des mondialisations en cours sur les différentes activités et pratiques culturelles, (b) l’analyse qualitative et quantitative de ces mutations (c) l’élaboration de propositions visant à mieux maîtriser les évolutions anticipées, et destinées aux acteurs publics et privés, nationaux et européens du champ de la Culture.

Le programme de travail (recherches et formation) du GERM dans ce domaine s’articule autour de quatre propositions:

Il s’agit d’abord de procéder à un état des lieux général pluridisciplinaire (philosophie, anthropologie, ethnologie, histoire, esthétique, sociologie, économie…), plurinational (origine des membres du collectif établissant cet état des lieux), et, bien sûr « mondial » (représentation continentale équilibrée des membres du collectif) de la « diversité culturelle » au sein de chacun de ses différents champs (musique, cinéma, littératures, arts plastiques, spectacles vivants, etc.), à commencer par le champ linguistique. En particulier, on définira conjointement, dans le contexte des différentes mondialisations en cours et de la globalisation industrielle et financière, les menaces qui pèseraient sur la diversité culturelle (destruction des patrimoines, des langues, des traditions ; concentration de la production et de la diffusion ; écrasement des cultures minoritaires dans l’enseignement primaire, secondaire, et à l’Université, etc.), ainsi que les nouvelles opportunités qui la favoriseraient (nouveaux moyens d’information et de diffusion ; accroissement de la mobilité des personnes et des œuvres ; hausse du temps de loisir…).

A partir de l’état des lieux précédent, et fort de ses enseignements, le GERM proposera une redéfinition du concept de « diversité culturelle » permettant de la penser dans le cadre des mondialisations et face à la globalisation, en s’efforçant d’éviter les écueils de ce que fut le débat sur « l’exception culturelle», c’est-à-dire forger un concept à la fois exigeant et partageable au-delà des frontières et des clivages idéologiques traditionnels, qui ne se limite pas à un instrument juridique.
La refondation de ce concept, qui passe par le rappel de la longue tradition de pensée dont il est issu, apparaît indispensable pour donner un contenu autre que politique et médiatique à la « diversité culturelle », mais aussi pour projeter les nouvelles limites, les nouveaux temps et les nouveaux repères de cette diversité dans la multiplicité de ses figures, au sein d’un monde dont les propres limites et repères ont évolué considérablement en moins de trois décennies.

Sur la base du nouveau concept et de l’état des lieux précédents, le GERM s’attachera aussi à redéfinir les enjeux (éducatifs, artistiques, linguistiques, politiques, sociaux, économiques…) présents et à venir de la diversité culturelle, ainsi que les nouveaux objectifs suscités par ces enjeux. A cet égard, une des priorités est de faire évoluer les conceptions (et, par conséquent, les méthodes et les outils) de beaucoup d’« acteurs culturels » (au sens large, incluant politiques, administrations et entreprises), en les amenant à passer d’une conception statique (l’ère des constats de la diversité, tantôt « florissante », tantôt « menacée ») à la conception dynamique d’une diversité culturelle en faveur de laquelle tous ses acteurs publics et privés sont en mesure de contribuer positivement, et, en particulier, sur un plan pédagogique et éducatif.
En effet, pas plus que « la mondialisation », « la diversité culturelle » ne peut être réduite à un simple « fait », qu’il s’agirait seulement « d’accepter » dans son évidence supposée : au contraire, elle doit être pensée comme mouvement incessant, doué d’histoires et de devenirs eux-mêmes pluriels.

Enfin, au terme de ce processus complexe d’approche et d’analyse contradictoire de la diversité culturelle, la visée commune de tous ceux qui y participeront sera d’élaborer, sur des fondations (on l’espère) alors plus solides qu’aujourd’hui (au moins sur un plan scientifique), des propositions permettant d’œuvrer précisément en faveur des buts d’ores et déjà fixés par l’Union Européenne, ses Etats membres, l’Unesco, les administrations nationales, et que l’on résumera par une formule largement déclinée, à savoir : « préserver et promouvoir la diversité culturelle sous toutes ses formes ».

Ces propositions, pour les unes d’ordre général (par exemple, élaboration d’une « charte de la diversité culturelle »), pour d’autres très concrètes (programmes d’actions ; mobilisation des administrations nationales…), comporteront en particulier un important volet consacré aux rôles clés de l’éducation, de la recherche et de la formation professionnelle, que l’on placera au cœur de toute stratégie de développement et de préservation de la diversité culturelle.

C’est seulement en se livrant avec détermination à une telle expérimentation, avec tout ce qu’elle suppose de temps, d’énergie, de talents, de réseaux et de moyens, que « la diversité culturelle » cessera d’être perçue, elle aussi, comme un slogan (un credo moralisant, un artefact idéologique…), pour devenir ce qu’elle doit être : un véritable projet, un projet commun pour la société contemporaine, un projet volontaire qui engagera aussi bien la « politique éducative et culturelle » des Etats-nation que celle de l’Union Européenne ou de l’UNESCO.


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