Ref. :  000022010
Date :  2005-12-26
Language :  French
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Pauvreté et Violence

Texte d'une communication faite au colloque "Violence, Foi et Dialogue
interculturel" organisé par la Fondation Anna Lindh et la Commission
allemande pour l'UNESCO à Alexandrie le 5 décembre 2005


Keywords : 


Préambule :

En préalable, je signalerai que le titre de cette communication n’a pas été proposé par moi-même, mais par les organisateurs de notre présente rencontre. Ce n’est probablement pas celui que j’aurais suggéré, mais comme je suis assuré qu’il y avait d’excellentes raisons de traiter de cette problématique, je m’en suis emparé sans discussion ni mise au point préalables. J’estime d’ailleurs que c’est en général une règle du jeu très profitable que de s’obliger à travailler sur des problématiques que l’on n’a pas préformées (par habitude ou expédient), et je suggère que l’on étende cette règle dans le cadre du développement du réseau de dialogue interculturel que nous sommes invités à promouvoir ensemble.

Je fais cette remarque, car l’on serait fondé à considérer comme déraisonnable le personnage qui surgirait sur quelque scène que ce soit en prétendant embrasser par son discours une problématique aussi redoutable — « Pauvreté et violence » —, qui paraît à elle seule rassembler l’essentiel des maux de l’humanité contemporaine et défunte…

Si donc j’ai accepté de relever ce défi, ce n’est ni par présomption, ni au motif de « compétences » supposées en la matière (1), mais pour me mettre au service de l’objectif qui nous est assigné par la dynamique politique euroméditerranéenne : à savoir l’idée de penser, d’accompagner et, si possible, de favoriser une telle dynamique par l’instauration d’un « dialogue interculturel » visant à approfondir les liens entre les peuples et les nations de l’aire méditerranéenne — entre ces trente-cinq pays qui s’efforcent de définir les contours d’un projet d’avenir commun et pacifique, au sein duquel tous pourraient avoir le sentiment de devenir « gagnants » dans un respect mutuel.



1. Quatre doxa à confronter :


Ceci étant posé, il me paraît indispensable, pour commencer de relever le défi, de partir de quatre types de doxa qui monopolisent le débat, dès lors qu’il s’agit d’aborder les questions de pauvreté et de violence. Je rappellerai donc les termes génériques de ces quatre doxa.

1.1. La première peut être intitulée « doxa circulaire de pauvreté et violence ». Elle correspond au constat allégué que : i) la pauvreté engendre systémiquement la violence, et que ii) l’accumulation de violence ainsi engendrée produit à son tour plus de pauvreté, qui elle-même…, etc. Soit un jugement d’évidence, que l’on ne manque jamais de consolider par de nombreuses preuves à l’appui (2).

1.2. La deuxième doxa qui rend délicate notre approche, c’est la « doxa Nord/Sud », dont la mondialisation même peut être considérée comme achevée. C’est l’idée que les rapports entre pauvreté et violence doivent être principalement pensés à l’aune des rapports Nord/Sud, et ce dans une perspective historique et géopolitique remontant au moins aux premières colonisations modernes. De ce point de vue, tout ou l’essentiel pourrait être expliqué par les asymétries économiques, politiques, sociales et culturelles introduites par les colonisateurs, et dont les effets contemporains se lisent principalement en termes de flux migratoires engendrés par la paupérisation des populations concernées « du Sud » (3).

1.3. La troisième doxa occupant le terrain, c’est la « doxa des deux rives de la Méditerranée » , que l’on pourrait encore désigner par la présentation symbolique : Europe/(Maghreb+Machrek). Cette doxa constitue une spécification de la précédente (Nord/Sud), pour laquelle le développement de violence et pauvreté au sein de « l’aire méditerranéenne » doit être prioritairement analysé à l’aune des asymétries historiques instaurées entre les deux rives dans la période moderne et contemporaine. L’emblème de cette doxa peut être trouvé dans les récents événements de Ceuta et de Melilla (4), ainsi que dans les interprétations chaotiques qu’ils ont suscités.

1.4. Enfin, la quatrième doxa ayant pris une place considérable dans les discours sur pauvreté et violence, c’est la « doxa de la globalisation », qui s’articule avec la première (la doxa circulaire), pour la prolonger et la renforcer. Du point de vue de cette doxa, c’est « la globalisation » (économique, financière et informationnelle, par différence avec les autres mondialisations) qui doit être considérée hic et nunc comme « premier moteur » d’une accentuation de « la pauvreté » (mondiale, régionale et locale) réduite à ses dimensions économique et sociale, puis d’une extension corrélative de « la violence » (plurielle), les trois « phénomènes » se renforçant mutuellement, de sorte que les moyens de sortir d’un tel « cycle » apparaissent des plus complexes à élaborer (5).



2. Les origines et les modalités de ces doxa :


2.1. Une acception pauvre et extensive du concept de « frontière »


En effet, les différents types de doxa évoqués procèdent tous de la référence à une idée de frontière qui n’est pas encore un concept, mais en reste à une « notion vague et confuse ».

a) tout d’abord, les frontières conceptuelles : celles entre pauvreté et richesse ; pauvreté et développement ; Occident et Orient ; Nord et Sud ; Europe et « pays en développement » ; enfin… pauvreté et violence, bien sûr !
b) ensuite, les frontières géographiques, étatiques ou régionales. On considère généralement celles-ci comme acquises et influant décisivement sur les situations de pauvreté et de violence — mais ne peut-on forger un point de vue différent ?
c) la frontière est conçue, la plupart du temps, comme une simple borne qui ne serait que cela (une « borne frontière »), et qui ne produirait que de la séparation : entre des Etats, des régions, des hommes, des économies, des politiques, des phénomènes humains – d’où le caractère emblématique, qui n’a échappé à personne, des bornes frontières de Ceuta et Melilla.
d) enfin, la frontière semble avoir pour fonctionnalité principale d’arranger et de conforter la logique binaire normative des relations entre pauvreté et violence, ainsi que celles qu’elles entretiennent avec développement, globalisation, Nord, Sud, Occident, Islam…).

La frontière semble toujours advenir pour expliquer (6), et pour expliquer aisément, avec une limpidité qui donne le vertige. C’est une réponse arrangée à une question déplacée.

2.2. Rhétorique ou complexité ?

Dans la présentation normative, on présente la pauvreté comme cause de violence, puis la violence comme cause de pauvreté, et ainsi de suite, selon une spirale accroissant les effets de réel de l’une et de l’autre. Si l’on ajoute « la globalisation » comme cause (d’accroissement) de la pauvreté, on obtient un schéma de causalité rassurant… mais qui gomme peut-être l’essentiel ! C’est-à-dire, par exemple : des liens qui ne seraient pas de simple causalité (une causalité d’évidence), mais de connexité, de contiguïté, de contamination, d’extension, de débordement, d’inclusion, etc. Or tout se passe comme si ces autres possibilités d’articulation contrariaient la forme d’exclusivité que l’on confère majoritairement à la relation de causalité entre pauvreté et violence. Comme si, de la connexité à l’inclusion, ces possibilités apparaissaient inavouables, et même : imprésentables…

2.3. Une absence de mise en perspective :

Il semble que l’on ait beaucoup de mal à penser pauvreté et violence conjointement à différentes échelles, en se montrant capable d’établir des liens autres que rhétoriques entre les cadres distincts où elles se donnent. Si l’on tente de le faire, par exemple, à l’aune des cadres suivants : d’abord, i) un cadre local (province de Tizi Ouzou) ; puis, ii) national (Algérie), puis, iii) « régional » (Méditerranée) ; enfin iv) « global » (« la globalisation »), on est fondé à se demander comment penser les liens entre pauvreté et violence en fonction de chacun de ces cadres, mais en tenant également compte des relations qu’entretiennent ces cadres. Comment résister aux deux approches normatives qui consistent : a) à sectoriser la compréhension (l’idée que tout dépend de l’un des cadres en particulier), et : b) de tout expliquer par l’aspiration du local par le global ? En effet, l’on rencontre cette contradiction que : c) on ne veut plus « penser localement » pauvreté et violence ; d) on ne sait pas (ou : pas encore) « penser global» (on arrange par récurrence le local en fonction du global — on parle alors de « glocal » afin de masquer ignorance ou incapacité) ; et e) on se montre incapable de penser la liaison même entre les différents cadres où se déploient pauvreté et violence.

2.4. Un oubli central de la question du politique comme précisément centrale :

La recherche normative est presque toujours centrée sur les causes responsables et les mauvaises décisions : politiques, économiques, sociales, nationales ou multilatérales, susceptibles d’expliquer la progression de la pauvreté et de la violence. À cet égard, une responsabilité particulière est attribuée à l’extension de la globalisation — une cause passe-partout dont on abuse beaucoup. Ainsi reste-t-on dans une certaine « évidence », que l’on peut toujours corréler de manière quantitative et statistique, et même s’en contenter. Mais tout se passe – incidemment — comme si l’on évitait (ou contournait) le plus important : à savoir l’impact et le rôle (propres et distincts) de la destruction organisée du politique, de sa contestation multiforme, de sa perte de terrain planétaire. Une dissolution dans laquelle interviennent effectivement la globalisation comme projet (de domination de l’économique sur toutes les autres activités et secteurs), mais aussi d’autres projets (communautaristes, ethniques, terroristes, etc.) réfutant le politique (7) .



3. Frontières, bornes et limites :


Afin de dépasser les différentes doxa au sein desquelles se trouve comme piégée la problématique « pauvreté et violence », je suggère de la revisiter grâce à certains outils disponibles qui ont déjà fait leurs preuves en maintes occasions. Ces outils sont les concepts de borne, de limite, de frontière, de borderline, mais aussi d’inclusion.

3.1. Borne et limite :

Le premier outil analytique, et sans doute le plus précieux, est celui qui nous a été fourni par Kant dans différents textes majeurs (8), à savoir le couple borne/limite. Kant distingue ainsi les bornes (Schranke) de la connaissance, qui marquent l’inachèvement de celle-ci dans les sciences, et les limites (Grenze), négations qui lui sont intérieures.
Mais, pour bien souligner la puissance de cette dynamique entre bornes et limites, j’aurais recours au passage d’un cours de Deleuze, qui met admirablement en scène l’outil kantien. Deleuze disait ainsi : « Je dirais qu'avec Kant le temps acquiert un caractère tonal, il cesse d'être modal (…) Vous voyez la ligne cyclique, quand le temps est cyclique, c'est une ligne qui borne le monde et rien que dire que le temps devient ligne droite ça veut dire qu'il ne borne plus le monde, il va le traverser. Dans le premier cas, le temps cyclique c'est un temps qui borne et qui donc opère — ce qui pour les Grecs a toujours été l’acte suprême —, opère la limitation. Lorsque le temps devient ligne droite, il ne borne plus le monde, il le traverse, il n'est plus une limite au sens de limitation, il est limite au sens de : c'est au bout, il ne cesse pas d'être au bout, c'est au sens de passage à la limite. Le même mot "limite" change radicalement de sens, ce n'est plus l'opération qui limite quelque chose, c'est au contraire le terme vers lequel quelque chose tend, et à la fois la tendance et ce vers quoi ça tend, c'est ça le temps. (9) »
De fait, en ce qui concerne notre présent et tout autre sujet, nous sommes habitués à « penser » en termes de bornes finies (au sens d’une simple négation, qui ne dit rien de ce qui est au-delà) les questions de pauvreté, de violence, et de « pauvreté et violence ». Des bornes à partir desquelles « commence » ou « se termine » la pauvreté (10) . De même pour la violence, que l’on mesure de manière croissante par des « indicateurs » sociopolitiques : i) en deçà des bornes désignées par ces indicateurs, ce ne serait pas encore de la violence (ainsi, qui prend effectivement en compte la violence de l’exclusion conceptuelle et langagière ?) ; et ii) au-delà, ce serait autre chose que de la violence (qui réclamerait d’autres catégories, par exemple : terrorisme, monstruosité, inhumanité). De même pour « pauvreté et violence », qui sont d’abord pensées dans leur séparation par une ou des bornes (11) : le discours normatif attestant que pauvreté (ici) et violence(là) peuvent certes coexister, leur occurrence conjointe étant bien sûr aussi fréquente que répertoriée, mais sans que l’on puisse leur attribuer de véritable communauté de lieu et d’être.
Je propose donc de modifier comme suit la perspective. Dans un premier temps, on pensera pauvreté et violence comme non bornées, mais ayant des limites communes, sinon partagées (et à investiguer !) avec d’autres objets de pensée tels que « la globalisation », « le marché mondial », « le développement », « la dissolution du politique », « la dérégulation », « les droits de l’Homme ».
Dans un deuxième temps, on pensera pauvreté et violence comme ayant des limites communes entre elles-mêmes : c’est-à-dire comme deux bords d’une même limite. Pauvreté et violence comme n’étant certes pas « la même chose », mais ne pouvant pas être non plus pensées dans la séparation : c’est l’idée du « passage à la limite » évoquée par Deleuze.
Dans un troisième temps, après une déterritorialisation au sens des bornes , pourrait alors advenir une reterritorialisation favorisée par une pensée différante des limites (existantes et à imaginer) entre pauvreté, violence, démocratie, globalisation, marché mondial, Etats Nations, Europe, Méditerranée, Afrique, Monde et, enfin : politique…
Cela permettrait, en particulier, d’entendre la pauvreté comme un autre versant, un autre bord, une limite commune de la globalisation – ce qui n’est pas du tout la même chose que de la concevoir comme son « produit », sa conséquence —, et d’entendre ainsi la pauvreté à l’œuvre dansla globalisation (12) .

3.2. Le concept de borderline :

Les sujets psychiatriques nommés « borderline » sont ainsi désignés parce qu’ils se tiennent sur la limite, ils y sont calés, dans une position des plus inconfortables, souvent décrite comme « instable », « antisociale », entre ceci et cela (et, en particulier : entre névrose et psychose). Or, quand il s’agit de les approcher ou de les définir, ces borderline (13), pauvreté et violence viennent souvent à l’appui. Le borderline se situe, en effet, à la fois au bord de la pauvreté et au bord de la violence (désocialisé, appauvri, violent… !). Mais il est important de souligner que borderline ne restitue pas pour autant le concept de borne au sens le plus étroit : on ne se situe pas « sur la borne », alors que l’on peut être, précisément, « sur la borderline ».
De fait, les bornes frontières de Ceuta et Melilla sont perçues (en première analyse) comme des bornes que l’on peut franchir, et violence et pauvreté apparaissent intimement liées à cet acte. En effet, au cours de cette performance, il faut simultanément « se faire violence » à soi-même et affronter la violence des garde-frontières… On pense que la borne franchie, la pauvreté sera soudain transformée en « richesse » (comme la citrouille de Cendrillon en carrosse), mais, la plupart du temps, on ne transfère que la pauvreté, ainsi que la violence reçue, sinon infligée, « par dessus le marché » !
Il est plus intéressant de considérer qu’il y aurait là, sur cette limite qu’incarnent Ceuta et Melilla : des citoyens borderline, qui ne sont plus d’en deçà (« le chez eux de la pauvreté ») et sûrement pas non plus au-delà. Des citoyens qui mettent en évidence en ce lieu précis la tension extrême entre ces bords d’une même et commune limite : globalisation (14) / disparition du politique / pauvreté et violence. Car, en fait, ces citoyens n’ont rien qu’un artifice à franchir — la borne sautée, ils seront encore dans le même lieu : qui reste aussi la même limite. Leur qualité de borderline les maintient dans le lieu de cette limite.
La borne frontière de Ceuta et Melilla n’est qu’une illusion infranchissable, au sens où l’on passerait « d’un monde à un autre ». En fait, le lieu effectif, hic et nunc : c’est pauvreté etviolence, soit ce lieu dont on ne peut se séparer, que l’on se situe du côté « du Nord » ou « du Sud », parce que la globalisation a aboli cette frontière-là aussi en même temps que le politique comme instance de dernier ressort (susceptible de changer la donne).
Cela nous renvoie à la situation du fameux Sir Alfred de l’aéroport de Roissy, qui reste borderline depuis de nombreuses années, sans visa, sans statut, sans possibilité de départ. Il porte avec lui et en lui, sur cette limite territoriale-là : toute la violence et la pauvreté d’un monde globalisé qui ne lui formule aucune réponse, car il n’y a pas de produit industrialisable, vendable qui corresponde à son cas et puisse lui être livré à son adresse (15).

3.3. Le concept mathématique d’inclusion:

C’est un autre concept auquel il peut être fort utile de recourir afin de penser « pauvreté et violence », en complément des outils philosophique et analytique évoqués précédemment.
En effet, l’inclusion mathématique permet d’élargir encore le concept de limite. Sa figure géométrique facilite la représentation de pauvreté et violence comme deux phénomènes dont la zone d’inclusion (variable) est susceptible d’évoluer décisivement sous l’impulsion d’une « contrainte externe » (qui peut produire des effets opposés, selon qu’il s’agisse, en particulier : soit de la globalisation, soit du politique). Mon hypothèse de travail est ainsi que : i) sous la domination de la globalisation, la zone d’inclusion est devenue maximale (on tend vers : pauvreté = violence (16)); tandis que : ii) sous l’influence du politique comme régulateur apportant de la distinction, la zone d’inclusion peut se réduire jusqu’à devenir très minime, voire inexistante (pauvreté et violence ne disparaissant pas elles-mêmes de la scène, mais retrouvant au contraire leur spécificité originaire, et pouvant être à nouveau identifiées et « traitées » comme pauvreté et comme violence).

3.4 Le concept de la destruction organisée du politique :

L’argument, développé depuis plusieurs années par Etienne Tassin et moi-même, est aujourd’hui assez connu. Je le résume à ma manière : le projet de la globalisation (économique, financière, informationnelle) est celui du retour au nomos de l’oikos (à l’ oikonomia) comme primat indispensable à la promotion et à l’extension du marché mondial. Il a aussi pour corrélat une systématique destruction du politique, de son projet et de ses prétentions. Cette loi de l’oikos réaffirmée ainsi que le règne du marché mondial ont (non pas pour objectif mais) pour conséquence, non seulement de dissoudre en tout lieu l’influence, les moyens et les instances politiques, mais aussi, en particulier (et c’est ce qui nous intéresse ici même), de changer complètement la « donne » quant à pauvreté et violence.
En effet, sous l’impulsion de la globalisation comme projet, et dans son cadre, la pauvreté redevient un « reste » (au sens mathématique), qui est à la fois le produit de « l’efficience des marchés » (17) et celui de leurs « dysfonctionnements » (bien sûr imputés par les néolibéraux au règne antérieur du politique). En somme, plus on globalise (tout, et pas seulement une partie de l’économie), plus il faut de la pauvreté, qui devrait même apparaître comme principal carburant du moteur de la globalisation.
La violence, elle, doit nécessairement se déployer aussi, parce que l’oikonomia prétend ne rencontrer aucune borne (au motif de « l’efficience des marchés»), et surtout aucune borne politique. L’oikonomia globalisatrice, réfutant et détruisant (systématiquement) le politique, se trouve ainsi avoir tout autant besoin de la pauvreté comme condition de son « efficience » que de la violence comme modalité même de déploiement de son phénomène globalisateur.
La « violence globalisée » devient ainsi une limite partagée avec la pauvreté comme limite de la globalisation ne pouvant être bornée que par le politique.

3.5. Ceuta et Melilla à l’épreuve de ces concepts :

Si l’on souhaite maintenant « valider » cette grille de lecture par sa confrontation à certains épisodes récents du contexte euroméditerranéen, qu’est-ce que cela donne ? Reprenons l’événement « Ceuta et Melilla » dans cette nouvelle perspective.

1. Le début du processus (paupérisation locale du sujet à l’émigration ; projet d’exil ; émigration ; acheminement vers la « frontière européenne »…) s’inscrit bien dans un cadre général qui est celui de la substitution de la globalisation et de son projet à celui du politique, sous ses modalités nationales, régionales ou internationales. Sujet de (et à) la violence et la pauvreté, l’émigrant se met en marche sous la pression de la globalisation et dans l’impuissance avérée du politique sous ses différentes figures.

2. L’émigrant est lui-même limite (il est borderline socialement mais aussi du point de vue de la citoyenneté) et porteur d’une limite (pauvreté/violence) qui s’en irait à la rencontre d’une borne (la frontière Nord/Sud ou Union européenne/Afrique).

3. Il n’a pas d’autre statut social (ou autre), et d’autre « solution » que d’incarner cette limite, d’en faire sa chair et d’en souffrir, dans la pauvreté et dans la violence (reçue, puis éventuellement infligée).

4. Quant au lieu où la « rencontre » se fait (les barrières de protection de Ceuta et Melilla), il se présente effectivement comme borne (entre « des mondes »), une borne factice — pas seulement en raison de sa fragilité matérielle, mais surtout parce qu’elle poreuse, comme l’est une limite. Il n’y a pas, comme le scénario huilé du « passeur » le promettait au migrant, la pauvreté et la violence en deçà, et la richesse et la paix démocratique au-delà, mais tout le monde voit bien, avec de nouvelles lunettes, que pauvreté et violence sont de mieux en mieux réparties (par la globalisation) « des deux côtés», et que toutes les catégories normatives en sont bouleversées (à commencer par celles de civilisation, de démocratie, d’Occident, etc.).

5. L’épreuve de l’émigrant, son passage à la limite, son maintien de la limite (comme le borderline qu’il est effectivement), sa transgression de la borne, sa découverte que la borne n’est rien (d’autre qu’une limite ouverte) et qu’il n’y a rien au-delà qui ressemble à ce qui était anticipé (ce politique, cette démocratie, cette richesse mythifiés) : une telle épreuve n’est autre que celle du forçage (la fameuse « violence nécessaire ») auquel contraint et aboutit la globalisation dévidant son projet oikonomique jusqu’à ses conséquences les plus extrêmes. La globalisation ne résulte pas en abolition de toutes les frontières honnies précédentes, mais : en i) forçage permanent (et violent !) de toutes les bornes qui n’ont pas été abolies, et : ii) en instauration d’une limite inclusive (la globalisation même) qui donne toute licence au marché mondial et à l’économique, en empêchant simultanément toute politique de se (re)déployer.

6. Pas étonnant, dès lors, que la parole de ce qui reste de politique se dise « consternée », que les décideurs étatiques (gouvernements espagnol et marocain, dans le cas présent) en appellent à l’Union Européenne, à l’Union Africaine, à l’ONU, et qu’aucune modification substantielle de la donne ne se profile à l’horizon…

7. De fait, la seule possibilité de la modifier, cette donne, serait : i) d’abord de « réentendre » toutes les catégories concernées (à commencer par pauvreté et violence, mais aussi migration, frontière, asile…) ; ii) de considérer que ceux qui migrent sont autres que des sujets économiques affectant l’économie et son efficience (18) ; enfin, iii) de reconsidérer entièrement d’un point de vue cosmopolitique les questions de pauvreté et de violence (19), qui ont été privatisées par un point de vue économique (ainsi de la prétendue «lutte contre la pauvreté», menée de longue date à l’échelle multilatérale, et de ses équivalents concernant la violence).



4. La réponse conjointe et insécable du politique et de la culture :


Je m’autoriserai, in fine, un codicille plutôt qu’une conclusion. Parce que, dans un codicille, c’est souvent l’essentiel qui vient se loger, tandis qu’une conclusion est souvent pléonastique.
De fait, je ne souhaiterais pas favoriser le sentiment que l’on peut en rester à la réponse convenue du politique — incontournable, omniprésent, omnipotent ! Non que cette réponse soit obsolète, mais elle est incomplète — et ne saurait être invoquée de manière incantatoire. Au contraire, pour qu’une véritable cosmopolitique advienne comme projet capable de se mesurer au projet de la globalisation, et en triomphe, le cas échéant… rien ne peut avoir lieu sans la contribution décisive d’une dynamique culturelle. Rien ne peut advenir de fidèle à la promesse cosmopolitique sans une réponse conjointe (et insécable) formulée à la fois par la culture et par le politique.
Ce constat permet, à son tour, d’atteindre une limite différente et de proposer un autre « passage à la limite ». Il faut ainsi, d’abord, s’efforcer de sortir de la conception bornée et de la pratique bornante de pauvreté et violence. Il faut, ensuite, en se tenant à la limite pauvreté/violence (limite n°1), y répliquer terme à terme par cette autre limite qu’est politique/culture (limite n°2). C’est alors, par le passage de la limite n°1 à la limite n°2, que pauvreté et violence peuvent se voir non seulement bornées, mais encore dissoutes...
Un tel geste (inséparablement) politique et culturel n’est autre que celui qui fut expérimenté in vivo par le poète-président Senghor dans le Sénégal des années 1960 et 1970. C’est le même geste que l’on retrouve aujourd’hui dans ce « Triangle du Balafon » initié par divers pays africains (20), ainsi que dans le « Festival des Trois Frontières » promu par Argentine, Brésil et Paraguay depuis trois ans afin de surmonter la violence et l’instabilité endémiques de la zone (considérée comme) stratégique de l’aquifère Guarani, au croisement des fleuves Iguaçu et Paraña (21).

En définitive, et pour ressaisir encore différemment la problématique pauvreté et violence, subsistent deux options radicalement éloignées, qu’il s’agit de départager, à savoir : i) soit celle d’une pure oikonomia où la globalisation mène pauvreté et violence à tendre vers l’illimitation (l’aion grec); ii) soit une cosmopolitique où, parce qu’ils sont redevenus limite commune, politique et culture réussissent à borner conjointement pauvreté et violence.




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Notes:

(1) Cf., en particulier, mes deux essais Le Gouvernement de la pauvreté (Ed. du Félin, Paris, 1995) et La Pauvreté durable (Ed. du Félin, Paris 2002).
(2) L’extrait suivant d’un communiqué de l’ONU d’août 2005 en offre l’une des figures basiques :« L’inégalité est souvent source de violence. Il est dangereux pour la paix et la sécurité nationales et internationales de laisser les inégalités économiques et politiques s’aggraver. En effet, ces inégalités, en particulier la lutte pour le pouvoir politique, la terre et d’autres biens, peuvent engendrer la désintégration de la société et l’exclusion sociale et conduire à des conflits et à la violence ».
(3) À cet égard, je citerai un extrait du récent rapport de la mission technique européenne à Ceuta et Melilla (octobre 2005) : « Africa had 221 million inhabitants in 1950 (8.7% of the world population); the figure is now 800 million (13.5% of world population). Projections foresee a population of 1.3 billion in 2025 and 1.75 billion in 2050. Economic growth has not matched demographic growth, and so hundreds of millions of Africans live in poverty. In 2001, 46.4% of the Sub-Saharan population lived on less than US$ 1 a day. Moreover, Africa is confronted with large scale environmental degradation which causes many people to leave their homes. In addition, we cannot exclude that there will remain a number of conflicts on the African continent or that conjectural events such as last year’s locust invasion in the Sahel region will urge people to seek refuge outside their countries of origin. Misery and fear are pushing people out of their regions of origin in search of a better life in more stable and developed regions, first among them Europe. Therefore, in the medium term, it is expected that migration pressure will further increase. »
(4) On lit cette doxa à l’œuvre dans l’extrait suivant du quotidien L’Humanité du 6 octobre 2005 : « La réplique violente des forces de l’ordre espagnoles aux assauts répétés de milliers de migrants a fait cinq morts jeudi dernier tandis que des dizaines de clandestins sont blessés chaque jour. La brutalité des affrontements ne semble pas émouvoir Madrid, qui a décidé, avec le soutien à 70 % de son opinion publique, d’envoyer l’armée en renfort. Le préfet de Melilla vient d’annoncer la construction « en toute urgence » d’une troisième clôture autour de l’enclave, s’ajoutant aux deux autres déjà existantes. Côté marocain, on a aussi opté pour la manière forte. Depuis plusieurs jours, des centaines de policiers ratissent les zones proches des enclaves pour tenter d’intercepter les candidats à l’immigration. »
(5) « En tant que conséquence, ou partie intrinsèque de ce phénomène [la globalisation], la violence circule librement, et ce face à l’impuissance des Etats qui étaient jusque là les garants de l’ordre politique, économique et moral » (in l’article La communauté internationale à l’épreuve de la « libre circulation de la violence », Université de Kinshasa, n°3, février 2002).
(6) "La Méditerranée est la frontière la plus inégale du monde. Aucune autre frontière ne sépare d'aussi grandes différences de revenus. Entre les années 1994 et 2004, le PIB par habitant des Quinze a plus que doublé, s'élevant à l'heure actuelle à plus de 30.000 dollars. Dans la même période, sur la rive Sud de la Méditerranée, le revenu par habitant est passé d'un peu moins de 5.000 dollars à un peu plus de 5.000 dollars. En ce qui concerne les dix nouveaux pays de l'Union, ce revenu est passé de 6.000 à presque 15.000 dollars", in le discours du Président Borrell à l’ouverture de la séance plénière exceptionnelle de l'APEM (Assemblée parlementaire euroméditerranéenne), le 21 novembre 2005 à Rabat.
(7) « La globalisation du marché économique non seulement semble invalider les formes traditionnelles d’organisation politique et de souveraineté nationale, mais elle expose également le corps social à de nouvelles formes de violences, d’exclusions et d’incivilités liées à la délégitimation de l’autorité politique et à l’affaissement des repères communautaires. Elle constitue en cela un véritable défi à la politique, à la fois dans son modus operandi et dans ce qui lui donne sens », in Un monde commun : pour une cosmopolitique des conflits, Étienne Tassin, Éd. du Seuil, Paris, 2003.
(8) Prolégomènes, Critique de la Raison pure, etc.
(9) Gilles Deleuze, Cours du 21 mars 1978, Université de Vincennes.
(10) Cf. les fameux » index de pauvreté « , principalement monétaires et statistiques, sur lesquels on se bat depuis plus de quarante ans, pour en revenir imperturbablement au prétendu « seuil d’un dollar par jour et par habitant », etc.
(11) Ces bornes frontières qui prétendent : « pauvreté en deçà de cette frontière, richesse au-delà ».
(12) au sens du « gouvernement de la pauvreté », tel que je l’ai conceptualisé dans le livre homonyme (op. cit.).
(13) Le DSM IV (grille de lecture psychiatrique, non partagée par beaucoup de psychanalystes) résume le trouble de la personnalité borderline par "une impulsivité marquée et une instabilité des relations interpersonnelles, de l'image de soi et des affects".
(14) À penser elle-même comme limite, ce qui n’est pas acquis d’évidence.
(15) « Sir Alfred Mehran. Zone boutiquaire. Terminal 1 Roissy Charles-de-Gaulle. », adresse à laquelle afflue par ailleurs un courrier considérable du monde entier.
(16) « Le modèle économique néolibéral engendre au moins quatre types de violence : le premier, structurel, qui résulte des politiques d'ajustement imposées par le FMI, la Banque Mondiale et les autres organismes financiers internationaux aux Etats qui se voient obligés de faire appel à leurs services – à savoir, presque tous ceux du tiers monde –, ou mises en œuvre à l'intérieur du premier monde par les gouvernements ou entités supranationales telles que l'Union européenne. Ces ajustements produisent marginalisation et pauvreté dans le tiers monde et dans le quart monde, et ils causent fréquemment des explosions sociales violentes. Le deuxième type, ce sont précisément les explosions de violence sociale et politique que la globalisation néolibérale produit dans les Etats où elle s’impose. Le troisième est la xénophobie croissante manifestée avec une violence particulière contre les immigrants en provenance des Etats périphériques et qui arrivent dans les pays du premier monde, chassés par la pauvreté et la marginalisation, ou par des conflits internes armés. Enfin, le quatrième type de violence est celle produite par la globalisation des activités économiques criminelles, comme le trafic de drogue, le trafic d'armes et le blanchissement d'argent, déjà évoqués, ainsi que le trafic de personnes du sud à l'ouest, et de l'est à l'ouest », Alfonso Monsalve Solorzano, in son article « Violence » pour le Dictionnaire critique de la « mondialisation », dir. F. de Bernard, Le Pré aux clercs, Paris, 2002.
(17) Pour qu’ils le soient vraiment, on dit qu’il faut toujours plus de profit, mais on devrait ajouter qu’il faut d’abord toujours plus de pauvreté !
(18) Par exemple, des citoyens privés de politique et de citoyenneté, et en recherche d’une autre citoyenneté — soit un projet politique susceptible de réveiller le politique (national, régional, mondial ?) et de l’amener à une réponse politique malgré la loi économique…
(19) « La politique est la composition des mondes. Ou, aussi bien, une composition du monde commun selon les rapports, très souvent conflictuels, que les communautés nouent entre elles. Telle est une cosmopolitique, une politique des mondes. Elle ne cherche pas à soumettre la totalité du monde à une administration commune, à une gestion commune des ressources, des productions, des échanges et des consommations, au gouvernement d’une force commune qui monopoliserait la violence légitime, pas plus qu’elle n’invoque une mythique régulation naturelle des besoins ou une harmonie naturelles des jouissances », in Etienne Tassin, op. cit.
(20) Ce « festival s’inscrit dans l’esprit de la déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle. Sa conception a été mûrie par ceux-la mêmes qui croient à cette déclaration et qui ont compris que la culture est un facteur de paix, de stabilité et de cohésion sociale. Cette conviction qui a favorisé sa mise en œuvre découle de la volonté ferme de ses initiateurs (l’Agence intergouvernementale de la Francophonie, le Burkina Faso, la Côte d’ivoire et le Mali) auxquels se sont ajoutés la Gambie, la Guinée-Conakry et le Sénégal. Le Triangle du balafon vise des objectifs globaux et des objectifs spécifiques. Les objectifs globaux sont : établir entre pays africains voisins des relations culturelles fondées sur l’échange d’expériences, la connaissance et le respect réciproques ; contribuer à la consolidation de l’intégration et de la paix entre les populations du Burkina Faso, de la Côte d’ivoire et du Mali ; valoriser le patrimoine culturel de la sous-région », in Afribone.com, 29 juin 2005.
(21) La déclaration fondatrice de ce Festival soulignait : “l. Que les arts de la scène sont un outil essentiel pour l'intégration culturelle approfondie des populations concernées. 2. Que leur développement constitue un apport fondamental à l'affermissement des identités nationales, basé sur le respect des diversités culturelles qui les unissent, des droits des créateurs à s'exprimer librement et d’un accès universel de l'ensemble de la communauté aux biens culturels, fondé sur la garantie d’une libre circulation. 3. Que, pour réussir ce développement, il faut rendre possible une plus grande coopération entre les gouvernements, les créateurs et le secteur privé, dans le cadre de projets de portée interrégionale. 4. Que l'accroissement de l'activité culturelle de la région génèrera de nouveaux projets qui modifieront le concept de frontière comme limitation en celui de lieu privilégié de rencontres de cultures diverses et associées”. Cf. également sur ce projet notre film La Culture au centre (42’, GERM, 2004).














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